Le Projet « Z » ou le pari d’un zéro phyto en verger de l’INRA de Gotheron

Publié le : 25 septembre 2017

Comment piloter un système ou savoir comment l’organiser pour ne plus faire de traitements phytosanitaires ? Tel est l’objectif du nouveau projet de verger que souhaite mettre en place l’INRA de Gotheron. Agri Bio Ardèche a participé à un atelier de co-conception proposé par l’INRA afin d’imaginer comment pourrait se construire ce type de verger : maquettes, ateliers collectifs, participation de spécialistes dans chaque domaine technicien, entomologiste, sociologue, et producteurs bien évidement !

Projet "Z" ou zéro phyto de l'INRA, credit AgribioArdeche

Des vergers monovariétaux à la reconception du verger

Un premier retour a été fait sur les conclusions du projet BioREco : verger de 3,5 ha de pommiers avec pour objectif de comparer trois variétés dans trois systèmes de production : biologique, raisonné et conventionnel. A l’issue des 10 ans, l’expérimentation a permis de montrer qu’il est possible de diminuer d’environ 50% les produits phytosanitaires (objectif du plan Ecophyto à sa création) ; en revanche, avec le système classique de verger en mono-espèce, il parait impossible de diminuer plus l’utilisation des pesticides sans compromettre le niveau de production (rendement et/ou qualité). Comment, dès lors, aller plus loin ? Des pistes s’ouvrent sur une reconception globale des vergers.

L’objectif de ce nouveau dispositif en verger expérimental est de se fixer « zéro phyto ». Pour cela, le verger est complètement réinventé avec une densification (pour optimiser l’occupation) et une diversification de la production afin de limiter la diminution de rendement à l’échelle d’une surface donnée. Dans l’idéal, il ne s’agit par de rechercher la substitution de matières actives par d’autres substances moins nocives (préparations à base de plantes, argiles..) ou par des moyens mécaniques (filet, désherbage mécanique….)… mais bien d’activer le levier de l’augmentation des services écosystémiques et notamment pour la régulation des ravageurs et maladies.

L’INRA de Gotheron dispose d’un espace « test » de 8 ha avec une plantation qui sera étalée plusieurs années. Un premier module de 1.5 ha sera planté cet hiver avec le pommier au cœur de la plantation, car c’est une espèce qui est bien connue et travaillée sur l’unité, avec certains éléments du programme BioREco qui étaient pertinents (plantes relais…) qui pourront être remis dans ce dispositif. Dans les modules qui suivront, différentes espèces fruitières seront implantées, tant locales que prospectives, notamment pour tenir compte des éléments de changement climatique.

Une fertilisation avec des amendements organiques est prévue, provenant des vaches du lycée du Valentin qui viennent pâturer à proximité, des engrais verts à implanter pour apporter de l’azote, et le broyage des branches de taille et des haies pour éviter toute exportation.

Différents scénarios d’agencement

Projet « Z » ou zéro phyto de l’INRA, credit AgribioArdeche

Ce premier atelier a fait émerger 4 scénarios d’agencement spatial. Pour chacun, les espèces à associer (en plus des pommiers) ont été définies, ainsi que le matériel végétal utilisé (porte-greffe, variété), les plantes pièges, répulsives, ressources pour les auxiliaires.

Le niveau de production ne fait pas partie des objectifs directs (mais on espère qu’il y aura une production !). La recherche peut se permettre cette entrée pour aller jusqu’au bout du décryptage des processus de régulation. Le producteur ne pourra pas exactement dupliquer ce système expérimental, mais pourra « piocher » des éléments (plantes de service, type d’aménagement spatial, variétés…) pour mettre en place son verger ou le diversifier.  De même, la question « on va produire quoi ? Pour quel consommateur ? » mêle filière, société et avenir et fera l’objet d’un questionnement à initier prochainement.

Projet BioReco

Au cours de la période 2004-2015, le projet BIORECO a permis de concevoir, d’expérimenter et d’évaluer plusieurs systèmes de production de pommes en verger qui intègrent choix variétal, pratiques de pilotage du verger et évaluation du risque de dégâts dus aux ravageurs et maladies. Pour en savoir plus, lire la synthèse de l’expérimentation BioREco

Si vous souhaitez en savoir plus sur les conclusions de BioREco ou connaître les avancées de ce projet, n’hésitez pas à nous contacter.