Organiser sa production et commercialisation de PPAM bio diversifiées

Publié le : 28 avril 2017

Journées techniques nationales PPAM bio : une vraie réussite pour l’édition 2016

Cette journée s’inscrivait dans le cadre des quatre journées, organisées fin 2016 par le réseau FNAB en lien avec les producteurs de PPAM bio, les opérateurs de la filière et les partenaires techniques et institutionnels impliqués. Elles ont été l’occasion de montrer que la filière PPAM est en pleine croissance, porteuse d’innovations mais avec un grand besoin de structuration. Des innovations, des discussions, et des interrogations ont été présentées lors de ces rendez-vous qui ont mis en perspective les défis à relever pour pérenniser le métier.

Retrouvez les autres articles des journées organisées en Auvergne, dans les Alpes-de-Haute-Provence et en Pays-de-la-Loire.

S’organiser techniquement, matériellement et économiquement pour produire et transformer des PPAM diversifiées est une question à laquelle se sont confrontés une vingtaine de producteurs de la Drôme et des Alpes de Haute Provence lors d’une journée technique organisée le 20 janvier dernier. Pour cela des visites de fermes et des rencontres avec des opérateurs économiques avaient été planifiées par AgribioDrôme et Agribio 04.

Circuit long ou court, la diversification en PPAM se raisonne dans tous les cas en fonction des débouchés, eux-mêmes généralement dépendants des surfaces mises en culture.

Éric Chauvin, producteur à Chabeuil sur 98 ha en est un parfait exemple. Après avoir repris l’exploitation familiale en 2001 orientée vers les cultures semences et la production de salades sous serres et en plein champ, il amorce en 2008 une diversification par la plantation de 5000m² de camomille romaine et 2000m² de pensées sauvages du fait de la demande d’un acheteur local, la SICA Bio Plantes. Il utilise alors pour cela une partie des serres à salades et les techniques culturales associées avec des plastiques biodégradables pour maîtriser les

Petite bineuse adaptée à la ferme de Nicolas Koziel

mauvaises herbes. L’essai s’avère techniquement et économiquement concluant. Fort de cette réussite, Éric se lance dans la poursuite de sa diversification en PPAM biologiques afin de répondre aux besoins de son partenaire économique. Les plantations progressives d’1 ha de camomille, d’autant de menthe poivrée et de 8000m² de thym sont alors engagées. La SICA Bioplante est un collectif d’une cinquantaine de producteurs de PPAM qui se sont rassemblés pour pouvoir approvisionner Elixens, acheteur d’huiles essentielles et de plantes sèches. Un contrat Biosolidaire permet ensuite la définition de prix planchers entre la SICA et Elixens, définis par un Conseil de surveillance en fonction des tendances du marché. La SICA permet aussi  de se partager de la main d’œuvre via un groupement d’employeur et de mutualiser du matériel. Éric produit aujourd’hui sur son exploitation de la mélisse, du thym, du bleuet, de la sauge, du fenouil, du géranium…

De son côté, Nicolas Koziel, producteur à Montoison en polyculture-élevage, dispose de 8000 m² de PPAM en plus de 2,7 ha de maraîchage. Il cultive 25 à 35 espèces pour l’herboristerie, les eaux florales et l’huile essentielle, vendues essentiellement en direct (magasins de producteurs) et à un laboratoire local pour l’huile essentielle. Pour ce dernier, le choix des chémotypes et la maîtrise de la qualité s’avèrent absolument essentiel. Les surfaces sont plus petites que chez Éric Chauvin et la diversification plus importante pour pouvoir élargir sa clientèle.

Adapter son matériel en fonction de sa typologie d’exploitation

Le séchoir à claies autoconstruit

Dans chacun des deux cas, l’investissement matériel a été raisonné en fonction de la typologie de l’exploitation. S’il est en partie commun pour Éric Chauvin via la SICA (herses étrilles par exemple), il a été essentiellement pensé en fonction du matériel déjà présent sur l’exploitation et hérité de la période de production de salades plein champ. Il possède, entre autres, un désherbeur thermique, une faucheuse à section double lames pour les récoltes permettant de ne pas abîmer les plants et d’avoir des débits rapides de chantier, ainsi qu’une remorque autochargeuse. De son côté Nicolas Koziel possède du matériel autoconstruit ou adapté à ses petites surfaces, comme sa bineuse (cf. photo). Il travaille ensuite en traction animale pour l’entretien des cultures. La récolte des PPAM est manuelle. Il se pose la question d’investir dans une récolteuse manuelle de la société Terrateck. Le séchoir à claies a été autoconstruit en bois avec déshumidification. Pour un total de 90m² de surface de séchage, il est composé de 15 étages de claies d’1m², l’investissement a été de 2500€. Les plantes séchées sont triées manuellement  avec différentes tailles de tamis sur une table de tri.

Au vu de l’explosion des débouchés dans la filière, la diversification des PPAM représente une opportunité pour de nombreuses exploitations ou porteurs de projets. Les participants à la journée concluent sur la nécessité de l’appréhender à la fois dans ses aspects économiques (rentabilités et amortissements de matériel de transformation ou séchage) et sociaux. Le temps de travail peut en effet très rapidement se révéler bloquant dans des systèmes diversifiés. Le travail du réseau FNAB sera cette année l’occasion d’acquérir plus de références sur le fonctionnement de ces systèmes.

Article rédigé par Mathieu Marguerie, Agribio 04 – Bio de PACA