Des expérimentations paysannes en maraîchage bio (2/2)

Publié le : 17 septembre 2020

Le projet PEI (Partenariat Européen pour l’Innovation) « Maraîchage bio sur petites surfaces » MiMaBio en PACA a démarré début 2018. La troisième et dernière saison d’expérimentations paysannes est bien entamée. Retour sur les différents essais de 2019 dans les départements du Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Alpes Maritimes et Var.

La première année 2018 a permis de tester la méthode d’expérimentation paysanne chez les maraichers. Malgré plusieurs aléas, les maraichers ont été satisfaits et la plupart se sont réengagés sur la deuxième année. Ces expérimentations sont toujours intégrées au système de production du maraicher et répondent à un objectif précis lié à ses pratiques. Les résultats sont donc très contextualisés, ils ne sont pas généralisables. Le GRAB apporte ses points de vigilance sur les protocoles et la mise en place de l’essai et assure un suivi technique nécessaire pour l’interprétation des résultats.

En 2019, 17 maraichers ont mené des essais sur des thématiques variées :

  • Gestion de la fertilité et couverture du sol : 5 essais sur la réduction du travail du sol, l’apport de broyat, la gestion des passe-pieds et différents paillages et couverture du sol en hiver ;
  • Associations de cultures : 2 essais (haricots/courges/carottes et haricots nain/tomates) ;
  • Soin des plantes : 5 essais sur l’étude d’extraits fermentés de consoude, des préparations biodynamiques homéopathiques, du potentiel d’oxydo-réduction, l’huile d’oignon contre la mouche de la carotte et la lutte contre les nématodes à galles ;
  • Matériels et techniques : 5 essais sur l’étude de semoirs sur carottes et radis, le système de palissage de tomates, l’essai variétal sur carottes et gestion d’adventices sur une aspergeraie.

Essais dans le Vaucluse et Bouches-du-Rhône

En 2019 les essais sur la fertilité des sols ont continué et les maraichers ont expérimenté sur de nouvelles thématiques liées aux techniques culturales : les préparations biodynamiques homéopathiques, l’huile d’oignon contre la mouche de la carotte, mais aussi le palissage de tomates.

Certains essais ont donné très peu de résultats.  C’est le cas de l’association tomates tagètes pour gérer les nématodes à galles : pour conclure sur l’efficacité de l’essai, il aurait été nécessaire de faire une cartographie initiale en 2018. Les essais de soin aux plantes n’ont pas montré d’effet marqué de la technique, que ce soit pour l’extrait fermenté de consoude (EFC) sur persil ou la préparation biodynamique homéopathique sur tomates. Sur l’EFC l’effet souhaité serait davantage marqué sur une culture plus longue et sur des plants ayant souffert en pépinière. En effet l’EFC a un impact sur la vigueur et la reprise des plants, or en conditions non limitantes (soleil, eau, pas d’attentes en pépinière) tous les éléments sont réunis pour que la plante pousse correctement.

Un maraicher d’Aubagne a souhaité tester la diffusion d’huile d’oignons pour lutter contre la mouche de la carotte, des tests avaient déjà été faits dans le Var et Hautes Alpes avec des observations positives. Le maraîcher n’a pas pu mettre de témoin (pas assez d’espace). Mais il estime que chaque année il a au moins 75 % d’attaques de la mouche, son seuil d’acceptabilité est donc de 50 % d’attaques max. En 2019 sur l’essai il a eu entre 0 % et 27 % d’attaques soit bien en dessous du seuil (mais faible pression en 2019 selon les techniciens locaux). De plus le coût du diffuseur (25,15 € jusqu’à 2500 m²) est moindre que le voile de protection (138 € pour 168 m² – surface cultivée dans l’essai et 2743,9 € pour 2500 m²). Pour confirmer l’efficacité il serait intéressant de réitérer l’expérience sur une année à plus forte pression et avec un témoin.

Un autre maraicher a souhaité trouvé le meilleur palissage pour les tomates plein champs : en terme de dégâts, de praticité, de coût et de temps de travail. Il a testé : aucun palissage, cage, grillage, ficelle, canne sur un bras et canne sur deux bras. Globalement il y a plus d’attaques de mildiou sur la modalité sans palissage et moins d’attaque sur la modalité canne 1 bras. Les techniques cage et grillage coûtent cher en investissement initial mais sont assez peu chronophages. Les cannes prennent plus de temps et le coût annuel est assez élevé. La modalité non palissée présente de nombreux dégâts dûs au passage dans les allées et au contact avec le sol. La modalité piquet ficelle est un bon compromis puisqu’elle est assez moyenne sur tous les critères. C’est celle que le maraicher va continuer d’utiliser en améliorant le système d’attaches des ficelles.

Essais dans le Var

Dans le Var, les essais menés en 2019 ont porté sur le test de petit matériel de semis et les associations de cultures.

Concernant les associations de cultures, l’essai a été simplifié par rapport à l’année 2018 pour se focaliser sur une seule association : tomates-haricots verts. L’objectif était de comparer les productivités par mètre carré et par heure travaillée de l’association à celles des mêmes cultures cultivées séparément. Malheureusement, les cultures ont connu une forte pression sanitaire (acariens), préjudiciable au rendement. Cet essai est donc reconduit pour 2020.

Les deux essais sur le petit outillage ont porté sur le test de plusieurs types de semoirs multi-rangs ou mono-rangs. Sur une des deux fermes, l’objectif était de trouver un semoir adapté au sol motteux et caillouteux, pour pouvoir implanter des cultures de radis et carottes. Il a été testé : les semoirs mono-rangs Earthway, Ebra et Terradonis JP1 ; et le semoir multi-rangs Coleman. Cet essai a montré que, sur ce type de sol, les semoirs mono-rangs semblent plus adaptés, et que le semoir JP1 (Terradonis) représente le meilleur compromis entre précision et praticité. En revanche, des problèmes liés à l’itinéraire technique (irrigation /structure du lit de semences) ont fortement limité les taux de levée. Face à ce constat, il a été décidé de s’orienter pour 2020 vers un essai de semis de radis et carottes sur lit de compost (avec le semoir JP1).

Sur la seconde ferme, le but était d’évaluer plusieurs semoirs multi-rangs pour perfectionner la pratique de semis haute-densité sur radis et carottes, habituellement réalisée sur la ferme. Il a été testé : le K4 (4 rangs – Sembdner), le 6 row seeder (6 rangs – Coleman) et le JP5 (5 rangs – Terradonis). Le semoir K4 sème à une densité plus importante que les autres semoirs mais le taux de levée est inférieur car il ne dispose pas de dispositif de recouvrement des graines. Cet essai a également montré que le semoir Coleman nécessite un lit de semence très fin et humide pour assurer un bon entrainement des rouleaux et de la courroie. Le semoir JP5, adopté par le maraîcher à l’issu de cet essai, a assuré un semis plus homogène qu’avec les autres semoirs, conduisant à l’obtention de calibres supérieurs des carottes.

Ces 2 derniers essais ont conduit à la rédaction d’un guide des semoirs testés pour aider les maraîchers et maraîchères dans leur choix.

Essais dans les Alpes Maritimes

Dans les Alpes Maritimes les principales thématiques abordées étaient la couverture des sols, l’association de cultures et la comparaison de différents mélanges en pulvérisation.

Sur la thématique de la couverture des sols, un des essais menés par deux maraîchers d’Ascros visait à comparer un double paillage (bâche tissée + 15 cm de foin) à une bâche tissée simple, sur une parcelle de courges. Parmi les résultats obtenus, une nette réduction des amplitudes thermiques a été démontrée en double paillage (avec seulement 32 jours durant lesquels la température du sol dépassait les 25°C, contre 72 en simple paillage). Aucune différence significative n’a cependant été notée au niveau de l’activité biologique du sol et de la vigueur des cultures, entres autres en raison des protocoles qui auraient mérité d’être affinés.

Un autre essai, mené chez ces maraîchers, portait sur le repiquage de trèfles et de serpolets dans les passe-pieds, afin de limiter le désherbage et de fixer l’azote. Les résultats, très positifs, ont démontré la rapide implantation du trèfle, dont le taux de recouvrement est similaire à celui du serpolet la deuxième saison, bien que le développement de ce dernier soit plus lent. Enfin, le dernier essai mené sur cette thématique portait sur l’évaluation de différents types de couverts (toiles de jute, bâche tissée et sainfoin), dans une aspergeraie. Bien que trop peu de temps a été alloué à l’entretien de la culture, il a été noté, d’une part, que la bâche limite fortement le désherbage et d’autrepart, que le sainfoin, bien que chronophage, maintient une bonne structure du sol.

L’essai d’association courges, haricots et carottes a rencontré des difficultés culturales (problème de levées de carottes), on a cependant pu observer une meilleure vigueur sur les non-associées et un temps de désherbage moins important sur l’association.

Concernant la thématique des pulvérisations sur cultures des tomates, un des essais testait l’effet d’un mélange de purins (ortie, prêle et consoude) et un autre l’effet de solutions réduites et oxydées. L’évaluation portait sur la vigueur et l’état sanitaire de la culture, mais aucun résultat significatif n’a réellement été observé. Dans les deux cas, des tendances ont pu être observées mais les teneurs exactes des mélanges auraient mérité d’être retravaillées au cours d’une seconde année d’essai.

Et la suite ? 2020 : dernière année !

Lors des deux années 2018 et 2019 nous avons été confrontés à des problématiques propres à l’expérimentation paysanne (la mise en place des essais, définition de protocoles, implication des maraichers). Nous avons donc commencé à identifier des spécificités de l’accompagnement d’expérimentations paysannes en maraichage. Un guide méthodologique pour aider les structures accompagnatrices (civam, GAB, etc…) est en cours de rédaction et sera à destination des conseillers/techniciens qui accompagnent les maraichers dans leurs évolutions de pratiques. Nous prévoyons aussi des fiches protocoles pour que les maraichers puissent continuer à expérimenter seuls sur leur ferme, mais en leur apportant des outils méthodologiques et un cadre, éléments nécessaire dans la mise en place et l’analyse d’essais à la ferme.

Article rédigé par Oriane Mertz, avec l’appui de Marie Rabassa et Mélanie Desgranges

Pour aller plus loin

Pour plus d’informations sur ce projet et les détails des essais, vous pouvez contacter Oriane Mertz au 06 95 96 16 62 ou oriane.mertz@bio-provence.org.