Des expérimentations paysannes en maraîchage bio (1/2)

Publié le : 15 juillet 2020

Le projet PEI (Partenariat Européen pour l’Innovation) « Maraîchage bio sur petites surfaces » MiMaBio en PACA a démarré début 2018. La deuxième saison d’expérimentations paysannes a eu lieu en 2019. Retour sur les différents essais de 2018 (première saison d’expérimentation) dans les départements du Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Alpes Maritimes et Var.

Depuis avril 2018, une petite vingtaine de maraîchers-ères ont joué le jeu et entamé des essais sur leurs fermes. Les expérimentations paysannes ont la particularité d’intégrer les essais au sein du fonctionnement global de la ferme. Ainsi, ces essais se distinguent des essais plus « classiques » comme ceux réalisés en station expérimentale.

Le protocole et le suivi sont co-construits avec les paysans-nes, mais surtout il est intégré au sein des rotations des cultures et du système de commercialisation. Le groupe de maraîchers-ères accompagné par les conseillers-ères et stagiaires de chaque Agribio ont défini ensemble les thématiques et caractéristiques de chaque essai. Le GRAB, l’unité SADAPT INRA/AgroParisTech apportent aussi leurs expertises dans le choix des protocoles et la discussion des résultats.

Les essais sont orientés vers des innovations techniques en maraîchage biologique diversifié sur petites surfaces. Les différentes thématiques étudiées portent sur :

  • La gestion du sol et sa fertilité : 5 essais sur la réduction du travail du sol, la gestion de la fertilité et la caractérisation de différentes buttes ;
  • La gestion du sol et des paillages : 4 essais sur l’étude de différents paillages et la couverture des passe pieds ;
  • L’association et la densification : 4 essais sur l’intensification du travail et l’association de culture ;
  • Les extraits fermentés : 4 essais sur l’étude d’extraits fermentés de consoude et de bardane ;
  • Le petit matériel : 7 essais sur l’étude de semoirs, récolteuse à mesclun, planta on d’oignons et doigts de binage

Les essais se sont poursuivis en 2019 et continuent 2020, un bulletin technique annuel sera diffusé aux maraichers-ères du projet et une synthèse plus globale (diffusion large) conclura le projet courant 2021.

Essais dans le 84-13

Entre essais de semoirs sur carottes, utilisation d’extraits fermentés et caractérisation de buttes forestières, le panel des essais sur le territoire du Vaucluse et Bouches-du-Rhône est très varié. Mais les maraîchers ont tous en commun l’envie d’évaluer leurs pratiques pour continuer à s’améliorer.

Les sept maraîchers investis dans le projet sont très animés par la fertilité des sols. Parmi eux, Patrick Vidal cultive en maraîchage sur sol vivant depuis 5 ans et porte une attention particulière au suivi de fertilité de ses planches non travaillées et non fertilisées (seul apport : la paille). Agribio84 l’a donc accompagné dans l’observation et l’évaluation de sa pratique sur des cultures de courgettes et tomates. A l’aide de techniques d’observation simples comme le test bêche, le Tea Bag ou encore des suivis de minéralisation de l’azote, etc., cet essai a permis de mettre en avant une productivité importante de ses planches (comparable à des références bios « classiques »). Le maraîcher, très satisfait de cette première année, souhaite continuer le suivi de cet essai en 2019 et 2020 !

Eric Barrière, un autre maraîcher, a souhaité tester un outil qu’il utilise déjà depuis longtemps sur sa ferme : le paperpot, un transplanteur importé du Japon qui permet un gain de temps incroyable. Cette année d’essais a permis de confirmer ce gain de temps par rapport à une plantation manuelle d’oignons. Par contre cet outil nécessite d’être bien organisé notamment par rapport à la date de plantation. En effet si les plants attendent trop longtemps avant d’être mis en terre, l’opération de plantation s’avère beaucoup plus difficile et fastidieuse, ce qui peut effacer le bénéfice du gain de temps de l’outil.

En 2018, deux fermes ont eu des difficultés pour mener les essais. Les maraîchers de ces fermes ont été remplacés par deux nouveaux maraîchers qui ont intégré les essais en 2019. Ce nouveau groupe a donc pu entamer une nouvelle saison d’essais à la ferme. Pour certains, ils ont continué les mêmes essais qu’en 2018, alors que d’autres ont préféré tester et suivre une nouvelle pratique.

Essais dans le 83

Dans le Var, où la dynamique d’installation en maraîchage sur petites surfaces est bien réelle, quatre fermes se sont lancées dans des expérimentations. Les maraîchers-chères varois-ses se sont intéressés aux associations de cultures, à l’impact du travail du sol sur la fertilité, ainsi qu’à la recherche de matériels adaptés aux productions sur petites surfaces.

Sur cette dernière thématique, Yann, qui produit une grande diversité de jeunes pousses, a choisi de tester un outil récemment acquis et importé des Etats-Unis : la récolteuse à mesclun. L’essai comparant l’utilisation de cet outil à une récolte classique au couteau, a mis en évidence un gain en temps (trois fois plus rapide) et en confort de travail de la récolteuse à mesclun.

Véronique, une autre maraîchère participant au projet, a quant à elle testé plusieurs semoirs sur des cultures de carottes et de radis. Un semis avec le semoir Coleman est significativement plus rapide qu’avec les deux autres semoirs testés (Ebra SJ21 et Earthway 1001-B). En revanche, ce semoir nécessite un lit de semence parfaitement préparé, et donc un temps de travail supérieur qu’il est important de prendre en compte. Le semoir Ebra, beaucoup moins maniable que les deux autres, ne semble pas être le plus adapté à une production sur petites surfaces. L’essai a été reconduit en 2019 en se concentrant sur la culture de carotte, et a cherché à évaluer l’impact de ces semoirs sur les performances agronomiques de la culture.

En 2018, des difficultés dans la mise en place d’essais ont été observées sur deux fermes. Ces essais ont été renouvelés en 2019. Ainsi, Yvan a tâché de mettre au point des associations de cultures efficaces du point de vue du gain d’espace et de temps. Franck a, de son côté, comparé la fertilité du sol de planches travaillées et non travaillées. Le transplanteur Paperpot a été également testé sur deux fermes, sur une culture de fenouil.

Essais dans le 06

Le maraîchage bio diversifié sur petites surfaces a toujours fait partie du paysage agricole des Alpes-Maritimes. Ancré(e)s entre les montagnes et la mer, les maraichers-ères du département ont su développer des techniques adaptées aux conditions pédoclimatiques et plus récemment, à la pression urbaine. Sept fermes ont souhaité consacrer une partie de leurs champs à des essais. Elles sont accompagnées par une dizaine d’autres producteurs-rices qui souhaitent participer au collectif technique qui s’est formé.

Un des plus gros essais a été mené sur la ferme de la Sousta : 3 paillages ont été testés sur des tomates sous abris. La température et l’humidité du sol, les rendements et la minéralisation de l’azote ont ainsi été mesuré pendant 12 semaines. Les résultats sont encourageants et ont permis à Arnaud de répondre à ses interrogations sur les performances agronomiques des paillages.

Vanessa et Aymeric ont quant à eux mesuré les mêmes caractéristiques en plein champs, sans travail du sol avec une technique de double-paillage. Ils testent également différentes couvertures végétales dans les passe-pieds. Les paillages testés étaient : paille/broyat/jute/sol nu. Aucune différence de rendement ou de minéralisation de l’azote n’ont été observées entre les différents paillages. En revanche, la terre avait une meilleure structure pour les modalités paille et broyat.

Dans un autre thème, Claudie et les Jardins de la Vallée de la Siagne se concentrent sur la mise au point d’associations de cultures efficaces au niveau du temps de travail et agronomiquement performantes. Les associations testées n’ont pas donné de résultat encourageant (associations de quatre cultures trop complexes en termes d’arrosage et de temps de travail). L’idée à l’avenir est de réduire les associations à trois voire deux espèces (par exemple, haricot/courges).

En 2018, trois fermes ont eu des difficultés pour mener les essais. Elles ont été remplacées par d’autres maraîchers-ères. Nicolas a mené des essais sur les rendements et la pression de mildiou avec des purins épandus à différentes caractéristiques chimiques. Dominique et Isabelle ont testé différents purins et Mélanie a mis au point différentes stratégies pour préparer son sol aux hivers froids et longs de Venanson.

Fort de son expérience de 2018 et soucieux de s’améliorer dans ses démarches, le groupe est motivé pour une nouvelle saison ! Les protocoles de chaque ferme ont ainsi été élaborés de façon collective.

Article rédigé par Oriane Mertz, Marie Rabassa et Alexandre Barrier-Guillot du Réseau Bio de PACA