Carotte bio : une culture exigeante

Publié le : 25 janvier 2019

La production de carottes bio est une des productions de légumes bio les plus compliquées à réussir, notamment en raison du désherbage. Philippe Larboulette, maraîcher à Plouhinec (56), explique comment il travaille cette culture.

Comment as-tu appréhendé la culture de la carotte sur la ferme ?

La première année où on a fait de la carotte bio, on n’a quasiment rien récolté. On s’est alors renseigné sur les techniques permettant de produire correctement cette culture et on s’est équipé.

Dans quel matériel avez-vous investi ?

On a acheté un semoir pneumatique de précision avec une roue qui tasse la terre sur la ligne de semis. Tasser la ligne de semis permet de bien rappuyer la graine au sol et de faire remonter l’eau par capillarité, ce qui nous a permis d’obtenir 80% de levée. Contrairement au passage d’un rouleau sur toute la planche qui va faire lever les mauvaises herbes, le fait d’avoir une roue uniquement sur ligne de semis permet de faciliter la levée de la carotte tout en gardant un inter-rang propre. De plus, l’utilisation d’un semoir de précision permet de s’affranchir de l’étape de l’éclaircissage du rang. Le second investissement que nous avons réalisé est l’achat un brûleur.

Comment prépares-tu la terre ?

J’apporte rarement de la fumure (même bien compostée) avant de faire un semis de carotte. La culture étant risquée, je préfère attendre d’être certain que la culture soit bien partie avant de la fertiliser. J’apporte alors en cours de culture de l’engrais bouchon de composition 6/4/10. Pour le travail du sol, je fais un labour le jour du semis ou la veille au soir pour un semis le lendemain matin. Je prépare ensuite le lit de semence au rotalabour puis je sème directement. Je ne fais pas de faux semis car nos terres sont sableuses et très séchantes car exposées au vent. Si je travaille trop la terre avant un semis, je perds toute l’humidité du sol qui est nécessaire à la bonne levée de la carotte.

Je sème ensuite à un écartement de 25cm entre rangs, 2,5 à 2,9cm sur le rang. Le semis est réalisé à 2 cm de profondeur maximum. En cas de besoin, si le sol n’est pas assez humide, je vais irriguer pendant les premières semaines qui suivent le semis. Ensuite l’irrigation est stoppée pendant au moins 2 mois afin de permettre à la carotte de plonger. L’irrigation pourra être reprise en fin de cycle. Les semis s’étalent de fin avril pour les primeurs (variété Miami) au 14 juillet pour les dernières carottes de conservation (variétés Miami et Nairobi).

Comment gères-tu l’enherbement des cultures ?

Une des étapes importantes est de réussir le brûlage en prélevée. Je fais un brûlage juste avant que la carotte ne lève. Pour savoir quand passer le brûleur, je gratte la ligne de semis dans différentes zones de la parcelle (en bout de ligne et au milieu) afin de voir si elle est prête à sortir et je brûle un jour avant qu’elle ne sorte de terre. Pour les premiers semis, le brûlage peut se faire 15 jours après le semis. Pour les semis de juin, le délai avant de brûler est de 5 jours seulement. Une autre technique consiste à poser une petite vitre sur un bout de la ligne de semis. La chaleur va hâter la levée à cet endroit-là. Il suffira de brûler quand la carotte sortira de terre sous la vitre, cela signifie qu’elle ne va pas tarder sur le reste de la parcelle. Le fait de faire un brûlage en prélevée ne libère pas totalement d’un passage manuel sur le rang. Toutefois, le fait d’avoir brûlé nous a permis de désherber manuellement une planche de 30 m en 1h30. J’estime que si le brûlage n’avait pas été fait, cela nous aurait pris 4h. Il y a au total 2 interventions manuelles sur la culture.

A ces passages manuels s’ajoutent un passage au pousse-pousse au début du cycle (une fois le rang de carotte facilement identifiable) et un second à la fin. Pour pouvoir passer au pousse-pousse au plus près du rang, les carottes sont semées en rang simple. Une fois que la culture est à un stade assez avancé (stade 6 feuilles), je passe la bineuse tractée. Un deuxième passage de bineuse peut être envisagé si besoin. Je ne passe pas la herse étrille sur la carotte car c’est un légume qui je pense n’aime pas être « dérangé ». Je peux éventuellement utiliser la herse étrille pour réaliser des faux semis quand le temps le permet.

Comment gères-tu les maladies et ravageurs ?

Quand on est passé en bio, il y a 20 ans, on nous disait que 12 ha ça faisait beaucoup de surface. En fait c’est très bien, ça nous permet de faire des rotations longues. Une même culture ne revient pas avant 4 à 6 ans au même endroit. Dans la même idée de limiter les maladies, on a arrêté de faire de la phacélie en engrais vert car elle entretient certaines maladies du sol comme le sclérotinia.

Pour lutter contre la mouche, on couvre toutes les parcelles de carotte avec un voile micro-climat. On a la chance ici d’être moins exposés que d’autres secteurs du Morbihan aux vols de mouche le carotte en raison du vent. Je ne voile pas tout de suite après le semis. J’attends que la carotte soit bien levée et ait quelques feuilles vraies avant de voiler. Je m’appuie également sur les vols signalés pas les avertissements agricoles pour savoir quand voiler. Nos parcelles les plus proches de la côte sont protégées contre le lapin grâce à des filets et clôtures électrifiées. En début de culture, je vais irriguer la carotte afin d’éviter l’implantation du puceron qui est préjudiciable à un stade jeune de la culture.

Quels conseils donnerais-tu à un producteur qui veut se lancer dans la production de carotte bio ?

Ne pas hésiter à investir dans le matériel adéquat, quitte à le mutualiser. Surtout, il faut être rigoureux, ne pas laisser la culture plusieurs semaines sans surveillance. Il faut être vigilant, surveiller ce qui se passe sous les voiles. Une morelle ou un chénopode oublié c’est 30 ou 50 cm sans carotte sur la ligne de semis. Enfin, pour étaler le travail de désherbage, ne pas hésiter à étaler le semis, ne pas semer un hectare d’un coup mais semer en plusieurs fois.

Article rédigé par Maëla Peden, Conseillère maraîchage au GAB 56