Projet EcoFeed : Alimentation 100% bio en poules pondeuses

Publié le : 26 février 2021

Résultats de l’essai chez Boris SAENGER (Franche Comté)

La dérogation permettant d’inclure jusqu’à 5% de matières premières non biologiques dans l’alimentation des poules pondeuses arrive à son terme le 31 décembre 2021.  Cependant, ces 5% d’aliments non-bio pourront toujours être employés pour les « jeunes volailles ». Cette dérogation ne concernera donc plus les poules pondeuses, mais uniquement les poulettes jusqu’à 18 semaines. Dans ce contexte, le projet européen OK-Net EcoFeed a pour but d’accompagner les éleveurs vers une alimentation 100% biologique et régionale. Un essai a donc été mené pour suivre les conséquences d’une alimentation 100% biologique chez un éleveur de poules pondeuses bio.

Crédit : ITAB

Contexte et protocole de l’essai

L’essai s’est déroulé chez Boris SAENGER, à la ferme des Rivons dans le Jura (39). La ferme produit des volailles de chair et des œufs. Boris commercialise ses produits en circuit-court (magasins locaux, AMAP, vente directe) et souhaite pouvoir expliquer la démarche du 100% biologique à ses clients.

Dans le cadre d’OK-Net Ecofeed, l’objectif a donc été d’effectuer le suivi d’un lot de 350 pondeuses nourri avec un aliment commercial 100% biologique. L’essai s’est déroulé d’avril 2019 à avril 2020, depuis l’arrivée des poulettes âgées de 17 semaines jusqu’à leur réforme à 68 semaines. Sur cette période, les poules ont été nourries avec deux types d’aliment dont la composition est détaillée dans le tableau 1.

Tableau 1: Composition des aliments 100% biologiques distribués

Les résultats

Effet de l’aliment 100% bio sur le taux de ponte

Le suivi du nombre d’œufs pondus permet de réaliser une courbe de ponte et de positionner ces résultats avec la référence Lohmann ainsi qu’avec des résultats de production de 2017 en alimentation à 95% biologique obtenus également sur la ferme de Boris SAENGER.

Comparaison des taux de ponte

Tout d’abord, l’effet de la canicule en 2019 est visible avec une baisse du taux de ponte autour de la 38ème semaine. Mise à part cela, le lot nourri avec un alimentation 100% biologique obtient des performances proches de la référence Lohmann, et légèrement en dessous de celle du lot nourri avec une alimentation 95% biologique. Le nombre total d’œufs par poule est de 290 pour le lot 100% biologique et de 300 pour le lot 95% biologique.

 

Effet de l’aliment 100% bio sur les performances techniques

Les résultats techniques peuvent être positionnés au regard des performances techniques publiées par l’ITAVI (tableau 2).

Tableau 2 : Variation entre les résultats techniques du lot 100% biologique et les performances techniques ITAVI en 2018.

Dans cet essai, les performances techniques du lot 100% biologique sont comparables aux moyennes nationales :

  • le poids de réforme n’est pas impacté,
  • l’indice de consommation est légèrement supérieur, et
  • le taux de ponte est équivalent. Les poules ont été réformées à 68 semaines pour des raisons logistiques sur l’élevage.

 

Analyse technico-économique

Une analyse technico-économique a également été réalisée, en se référant une fois encore aux données de coût de production de l’ITAVI (tableau 3). Les données sont reportées en pourcentage des moyennes ITAVI.

Tableau 3 : Résultats technico-économiques sur le lot 100% biologique en pourcentage des moyennes de coût de production ITAVI.

Sur la ferme de Boris SAENGER, le lot nourri en 100% biologique a de bons résultats technico-économiques : 10% de coût total de moins (par poule) que la référence ITAVI. Les amortissements sont diminués par le fait que les bâtiments ont été achetés d’occasion et qu’une partie a été auto construite par l’éleveur. Dans les charges variables, le coût de l’aliment reste en dessous de la référence (5% de moins) et les charges de main-d’œuvre sont supérieures puisqu’une partie du travail est réalisé par des salariés. Selon la provenance de l’aliment, le prix peut fortement varier.

Pour l’éleveur, le passage au 100% biologique est resté effectif après l’essai, puisqu’il continue à nourrir ses poules de cette manière dans un souci de cohérence. La légère diminution de production a été compensée par une augmentation du prix de vente de l’œuf.

Crédit : ITAB

Conclusion

Dans les conditions propres à cet essai, l’alimentation 100% biologique des poules pondeuses a montré des performances proches des références. Aucun effet sur le poids de réforme, la mortalité et l’indice de consommation n’a été remarqué. Le coût de production est également maitrisé, même si cet indicateur est très dépendant des caractéristiques de chaque ferme. Dans ce cas, le surcoût (+3,3%) est absorbé via une augmentation du prix de vente possible avec la vente en circuit-court, ce qui donne une certaine souplesse pour appréhender le passage au 100% biologique.

Avec le 100% biologique, une provenance des matières premières localement est aussi recherchée. Ceci peut entrainer des surcoûts (autour de 40€/T pour une provenance 100% France pour l’aliment pondeuse) et des indisponibilités pour certaines matières premières. En circuit-court, la démarche peut être expliquée directement aux consommateurs pour accompagner cette augmentation du coût de production de l’œuf. Que ce soit en circuit court ou en filière longue, la question de l’intégration de ce surcoût doit être résolue pour assurer une rentabilité économique avec le passage à une alimentation 100% biologique.

 

Article rédigé par Brieuc DESAINT (ITAB)

Les partenaires

Essai mené en partenariat entre l’ITAB et la FNAB, dans le cadre du projet européen OK-Net Ecofeed, qui rassemble 19 partenaires issus de 11 pays européens : des agriculteur-rices, des groupements de producteur-rices, des fabricants d’aliments du bétail, des instituts de recherche et des universités.

Le projet OK-Net EcoFeed est financé par le programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n°773911.