- Pour les porcs, les fourrages conservés les plus intéressants sont ceux dont la partie protéique digestible est élevée avec une part de fibre plus réduite. Ainsi, les légumineuses déshydratées permettent d’atteindre des niveaux d’apports en acides aminés satisfaisants ainsi qu’une bonne couverture minérale. Ces produits demandent toutefois des traitements technologiques donc les coûts doivent être mis en regard avec les bénéfices apportés.
- Les fourrages fermentés (ensilage et enrubannage) sont globalement des sources d’énergie intéressantes. Ils présentent aussi l’intérêt d’être fortement appétents pour les porcs. Une bonne maitrise des conditions de récolte est capitale pour limiter les pertes d’azote protéique et maximiser la valeur de ces ressources. Les fourrages fermentés à base de luzerne sont très sensibles aux phénomènes de protéolyse qui se traduisent (si la descente de pH n’est pas bien maitrisée) par une perte importante d’azote protéique et un profil en acide aminé fortement déséquilibrés sous l’action des microorganismes. Même si le trèfle a une plus faible teneur en protéines comparativement à la luzerne, il est moins sensible aux phénomènes de protéolyses. Les ensilages et enrubannages contenant du trèfle (blanc, violet, hybrides) sont donc à utiliser préférentiellement.
Les fourrages : quels intérêts pour les éleveurs et éleveuses de porcs bio ?
Le projet Valorage, qui s’est terminé en juin 2024, visait à étudier les valorisations possibles des fourrages riches en protéines dans l’alimentation des porcs et des volailles biologiques. La réglementation bio impose l’apport de fourrages frais, secs ou ensilés dans l’alimentation des porcs bio, alors comment transformer cette obligation réglementaire en pratique d’intérêt ?
Article rédigé par Clémence Berne (ITAB)
État des lieux des pratiques
Pour commencer le projet, un état des lieux des pratiques et des freins à l’utilisation des fourrages dans l’alimentation des porcins a été mené en Pays de la Loire et en Bretagne. Les fourrages les plus utilisés en élevage étaient le foin suivi de l’enrubannage. Les éleveurs et éleveuses faisant pâturer leurs porcs ou leurs truies mettaient en place, dans plus de la moitié des cas, du pâturage tournant afin de tenter de maintenir en état les parcs et la qualité de l’herbe. La composition exacte des prairies étaient toutefois souvent difficile à détailler. Les personnes interrogées soulignaient le manque de références sur l’intérêt alimentaire des fourrages et discutaient des difficultés concernant la gestion des parcours et les méthodes de distribution des fourrages.
Création de références sur les apports nutritionnels permis par les fourrages
Pour pallier au manque de références sur les valeurs alimentaires des fourrages des essais ont été mis en place par les chercheurs de l’UMR Pegase à l’installation expérimentale de production porcine de Saint Gilles (35), afin de cerner l’intérêt alimentaire des fourrages frais et conservés pour des porcs à l’engraissement. Des grands enseignements ont pu être tirés de ces essais.
- Pour les porcs, les légumineuses, la chicorée mais également les prairies de bonne qualité (riches en légumineuses, avec peu d’adventices), auxquelles les porcs ont accès à stade végétatif précoce sont les plus intéressantes avec une bonne teneur protéique digestible et une part de fibre plus réduite. La chicorée et la luzerne permettent également un apport minéral intéressant. D’un point de vue nutritionnel, ces espèces fourragères sont donc à privilégier pour une implantation sur les parcours. Cependant, il faut mettre en place des mesures afin de garantir un accès à ces fourrages peu fibreux et de qualité tout au long de l’année.
Au vu de la teneur en eau des fourrages (50 à 80% d’eau des enrubannages aux fourrages frais), leurs valeurs nutritionnelles sont diluées dans la plante. Ainsi, la quantité de fourrages frais à consommer pour couvrir les besoins des porcs devrait être très importante. Même si des travaux complémentaires sont nécessaires pour évaluer la capacité d’ingestion des porcs en fourrages, en l’état des connaissances, l’apport permis par le pâturage ou l’apport d’enrubannage ne peut s’effectuer qu’en complément à la ration de base, les fourrages ne peuvent pas totalement se substituer à des matières premières concentrées comme les céréales. Cette teneur en eau, mais aussi la teneur en parois végétales peut poser problème chez les jeunes animaux avec une capacité d’ingestion limitée et une plus grande sensibilité aux fibres, ou pour les stades physiologiques avec des forts besoins nutritionnels (porc en croissance et truie en lactation). En revanche, les fourrages sont des ressources adaptées à la truie gestante et au porc en finition avec des externalités potentiellement intéressantes sur le bien-être, la santé ou la qualité de la carcasse.
Réalisation d’essais en fermes commerciales
Plusieurs essais ont été mis en place dans des élevages volontaires pour étudier différentes pratiques de valorisation des fourrages. Pour cet article un focus sera fait sur 2 essais, présentant les résultats les plus fiables.
Pâturage tournant des porcs charcutiers
Protocole de l’essai
- Lieu : Ferme du Cochon Bleu (49).
- Objectif : tester le pâturage tournant dynamique de porcs charcutiers en engraissement.
- Dispositif :
- Prairie temporaire multi-espèces (fétuque, trèfle, luzerne, chicorée, plantain) de 0.5 ha découpée de paddocks de 570 m²
- Rotation hebdomadaire des porcs (30 animaux / paddock, soit 19 m²/porc).
- Deux lots de porcs contemporains suivis du 21/04/2022 au 20/09/2022
- Lot témoin : alimentation habituelle, plafond 2,8 kg/jour.
- Lot pâturage : accès au pâturage + ration habituelle plafonnée à 2,5 kg/jour à partir de 18 semaines.
- Génétique : (Saddleback x LW/LF) x Piétrain
- Indicateurs suivi : croissance, abattage, consommation alimentaire, état du couvert, observations comportementales, temps de travail.
Principaux résultats & enseignements clés
- Gestion de la prairie
L’entrée tardive des porcs au pâturage fin avril n’a pas permis de valoriser la végétation de grande qualité disponible au début du printemps.
Les porcs consomment prioritairement le trèfle, la chicorée et le plantain.
Les légumineuses ont presque totalement disparu après 3 passages des porcs, les graminées et notamment la fétuque sont devenu dominantes réduisant l’appétence de la prairie et son intérêt nutritionnel.
Les sols ont été préservés du fouissement grâce au changement rapide de paddocks.
- Performances zootechniques
Le lot pâturage a présenté une croissance plus faible que le lot témoin avec un GMQ de 674 g/j vs 792 g/j pour le témoin. Les porcs ont pâturage ont été abattu plus tardivement que les porcs témoins (+5 jours) et leur poids vif moyen était inférieur de 5 kg. Cela peut s’expliquer par la faible quantité d’herbe à pâturer pendant l’été.
Toutefois les porcs au pâturage ont consommé 40kg d’aliment en moins que les porcs en courette. A l’abattage, du fait du rationnement de l’aliment, les carcasses étaient moins grasses, avec un TMP du lot pâturage de 59,2 % vs 56,8 % pour le lot témoin.
- Résultats économiques
Ces performances techniques et résultats d’abattage ont permis de réduire le coût alimentaire (141 € vs 161 €) et d’augmenter les produit issus de la commercialisation des porcs (+7,5 €). Au final, la marge sur coût alimentaire est améliorée de + 27 €/porc pour le lot pâturage.
- Comportement et bien-être
Les porcs du lot pâturage étaient moins nerveux lors des manipulations (6% de porcs au pâturage nerveux lors des pesées vs 59% des porcs en courette).
- Organisation et travail
Du fait du dispositif de clôture mobile, le surcroît de temps associé à la pratique de pâturage était limitée selon l’éleveur : +10 minutes/jour pour sortir les porcs et + 5 minutes/semaine pour déplacer les clôtures.
- Enseignements clés
- Tel qu’il a été conduit, le pâturage ne compense pas totalement la restriction de 10% de concentrés, des améliorations du protocole de pâturage restent à travailler
- Malgré des poids plus faibles dans le lot pâturage, la marge sur coût alimentaire est améliorée grâce à l’économie d’aliment et à la meilleure valorisation des carcasses plus maigres.
- D’un point de vue agronomique, l’introduction de prairies dans la rotation est très intéressant dans les systèmes de culture en agriculture biologiques
Distribution d’enrubannage à des porcs charcutiers
Protocole de l’essai
- Objectif : tester l’apport d’enrubannage à des porcs charcutiers en engraissement biologique
- Dispositif :
- 2 bandes successives de 90 et 87 porcs, mâles castrés et femelles de génétique (Landrace x Large White) x Piétrain
- Pour chaque bande, deux lots constitués dès le sevrage :
- Témoin (sans enrubannage)
- Enrubannage (rationné en aliment complet et recevant du fourrage à volonté).
- Pour le lot Enrubannage :
- Le fourrage a été distribué à partir de 45 kg vif (≈ 102 jours d’âge)
- Un rationnement progressif a été mis en place de -2 % à -6 % d’aliment complet au fil de l’engraissement.
- Indicateurs suivis : poids et croissance, consommation d’aliment et de fourrages, observations comportementales, qualité des carcasses, données économiques.

Crédit : FIBL
Principaux résultats & enseignements clés
- Performances zootechniques
Une légère baisse de la vitesse de croissance a été observé les 5 premières semaines de l’essai (–53 g/j), mais cette baisse a été compensée sur la suite de l’élevage et in fine il n’y a pas de différence significative de GMQ ni de poids d’abattage entre les porcs du lot témoin et du lot enrubannage à l’abattage.
Du fait du rationnement imposé, les porcs du lot enrubannage ont consommé 13 kg d’aliment complet/porc par rapport aux lot témoin. La consommation moyenne d’enrubannage s’élève à 59,5 kg MS d’enrubannage/porc de 102 jours d’âge à l’abattage.
En terme de qualité des carcasse le TMP amélioré des porcs du lot enrubannage est amélioré de +1,2 points, pour atteindre 59,8%.
- Résultats économiques
L’essai ayant eu lieu pendant la crise économique, les porcs sont partis plus tard que prévu (à 140kg de poids vif). Aussi, dans les conditions réelles de l’essai la marge sur coût alimentaire est améliorée de +7,7 €/porc, mais elle aurait plutôt dû être de +11,8 €/porc avec un abattage classique à 120 kg vif.
- Comportement et bien être
Les porcs du lot enrubannage étaient plus calmes, l’éleveur a relevé moins de bagarres. L’apport d’enrubannage a ainsi permis de réduire les comportements délétères liés à la compétition alimentaire.
Les porcs hébergés en courettes étaient souvent rassemblés autour des râteliers.
- Organisation et travail
Pour l’éleveur la distribution s’est avérée assez chronophage. Deux râteliers ont été testés :
- Râtelier suspendu : 5–10 min/jour
- Râtelier au sol : 30 min/15 j avec tracteur
En plus de la distribution, la gestion des refus était nécessaire.
- Enseignements clés
- Technique : avec un rationnement modéré (6%) l’enrubannage a permis de remplacer une partie de l’aliment complet sans dégrader les performances. Il est préférable de distribuer de fourrage à partir de 65–75 kg vif pour permettre une bonne valorisation.
- Économie : L’essai a montré une amélioration de la marge sur coût alimentaire modérée. Si le fourrage est produit sur l’exploitation ou si le prix des aliments reste élevé, la valorisation de l’enrubannage peut être particulièrement intéressant.
- Bien-être animal : La distribution de fourrage a permis de limiter la compétition alimentaire, et de favoriser la sensation de satiété des animaux.
- La distribution d’enrubannage est une pratique encore peu répandue, qui demande un savoir-faire technique (prairie, conservation de l’enrubannage), et un temps de travail supplémentaire.
Préconisations
A partir de tous ces résultats, les partenaires du projet ont travailler à des préconisations agronomiques et zootechniques pour permettre une bonne valorisation des fourrages grossiers frais ou conservés par les porcs charcutiers. Une fiche technique est téléchargeable vis le lien suivant : https://opera-connaissances.chambres-agriculture.fr/doc_num.php?explnum_id=216511
Tous les livrables du projet Valorage (Vidéos, fiches techniques, fiches de synthèses, tables alimentaire) sont disponibles sur cette page : https://rd-pays-de-la-loire.chambres-agriculture.fr/projets/detail-du-projet/valorage N’hésitez pas à aller consulter ces documents pour approfondir les résultats présentés dans l’article !