Les « Bio sortent de l’œuf », ou comment ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier !

Publié le : 4 mars 2020

Histoire collective d'une diversification agricole sur des fermes 100 % bio avec le groupement indépendant les "Bio sortent de l’œuf"

Plusieurs acteurs, de la production à la commercialisation, en passant par l’approvisionnement, ont contribué à la création de la filière « Les Bio sortent de l’œuf », une filière œufs 100% bio aujourd’hui labellisée équitable et localisée dans le Grand Est. Présentation de ce projet porteur de sens et ancré dans son territoire.

Genèse du projet et tour d’horizon des acteurs engagés

Nouveau poulailler de 3000 poules pondeuses bio du groupement
© Bio en Grand Est

La demande des magasins Biocoop Nord-Est, qui commercialise aujourd’hui la plus grande partie de la production des « Bio sortent de l’œuf » a été le moteur du groupement d’éleveurs. Biocoop veut soutenir et développer des filières commerce équitable Nord-Nord dans le cadre de sa marque « Ensemble pour plus de sens ».

De son côté, Probiolor, coopérative céréalière 100% bio depuis 1991, basée en Lorraine et rayonnant dans le Grand Est, veut développer la valorisation locale des céréales bio produites dans le Grand Est. Par souci du lien au sol, cette coop historique se préoccupe de la traçabilité des effluents d’élevage bio sur les terres bio. Une usine d’aliment du bétail basée en Meurthe-et-Moselle (54), la SICA Est Ali Bio, produit de l’aliment pondeuse bio dont l’approvisionnement en céréales est certifié 100 % d’origine France et 70 % d’origine Grand Est. Probiolor fait aussi partie de la section agricole de Biocoop, comme d’autres groupements économiques de producteurs 100 % Bio sociétaires de Biocoop. C’est la coopérative qui a relayé la demande de Biocoop à ses adhérents, céréaliers bio, en recherche de diversification sur leurs fermes.

Quant aux éleveurs fondateurs du groupement, ils partagent deux objectifs depuis le départ : permettre de créer un atelier supplémentaire sur les fermes céréalières ou herbagères bio pour dégager un revenu avec des ateliers de tailles limitées, et pouvoir maitriser leurs outils de production et de commercialisation des œufs.

Lors de l’inauguration d’un poulailler de 3000 poules pondeuses de ce groupement, mis en place sur une ferme céréalière bio à l’automne dernier, un agriculteur bio rappelait toute la cohérence de ce projet : « une ferme 100 % bio avec un lien au sol important et une taille d’élevage limitée, c’est aussi ce qu’attend le consommateur ». L’associé de la ferme considère la diversification « comme une des réponses au défi de l’agriculture d’aujourd’hui : le changement climatique; se diversifier permettant d’être plus résilient à l’échelle de la ferme ». Il est aussi rappelé à cette occasion que « le collectif, avec l’entraide, l’implication et l’autonomie décisionnelle des producteurs dans leur filière est un puissant levier de maitrise du développement de la production biologique ».

La filière, ses critères de différenciation et son fonctionnement en collectif de producteurs

Le groupe, organisé en SAS depuis 2018, représente aujourd’hui 3 fermes lorraines, soit 13 850 poules pondeuses et 3 millions d’œufs produits par an. Les fermes 100 % bio sont en polyculture-élevage pour deux d’entre elles, la troisième étant herbagère. D’autres fermes projettent de rejoindre le groupement.

Le groupement a décidé de mettre en place un règlement intérieur pour fixer des gardes fous qui éviteront à cette filière bio de subir les désagréments bien connus des filières conventionnelles (cf. extrait ci-dessous). Le groupement est aujourd’hui labellisé commerce équitable Nord-Nord avec Biocoop. Une démarche tripartite approvisionnement-production-distribution garantit la traçabilité des matières premières et les prix payés à la production.

La valorisation des œufs est faite en majorité par Biocoop mais aussi auprès des magasins bio et de producteurs, des GMS, de la RHD et des restaurants. « Ne pas mettre tous les œufs dans les mêmes paniers pour plus de résilience économique en termes de débouchés ! »

En plus d’être producteur d’œufs, chaque éleveur démarche les magasins, fait de l’animation en magasin et communique sur le groupement. Les heures de travail comptabilisées pour le groupement sont répercutées sur le prix de l’œuf, car aucun salarié n’est embauché. Le groupe se retrouve une fois par mois.

Chaque ferme possède son propre centre de conditionnement pour être autonome vis-à-vis des acheteurs.

Quel avenir pour les « Bio sortent de l’œuf » ?

La filière est jeune, les débouchés ne sont pas encore tous stabilisés, mais Biocoop est un fort soutien depuis le début du projet. Cette filière a bénéficié également depuis sa création du soutien et de l’accompagnement de Bio en Grand Est, le réseau des agriculteurs bio du Grand Est.

A l’avenir, les éleveurs de ce groupement de l’Est aimeraient créer des échanges, voire une union commerciale à moyen terme, avec les groupements indépendants 100 % bio de producteurs d’œufs du reste de la France, qui se retrouvent dans leur règlement intérieur et leur labellisation équitable.

Rédaction : Julia Sicard, chargée de mission élevages à Bio en Grand Est

Les « Bio sortent de l’œuf » mobilisent ! – © Bio en Grand Est

Plus de 120 personnes ont fait le déplacement à l’automne dernier pour l’inauguration de la SAS et d’un poulailler du groupement ! Cette journée a intéressé les agriculteurs locaux, tout comme les habitants du village et le conseil municipal : un bel exemple de projet agricole bio fédérateur sur un territoire.

Pour en savoir plus sur "les Bio sortent de l’œuf"

Contactez Isabelle Aussoleil, productrice bio du groupement : aussoleilisa[at]laposte.net

Rendez-vous sur le site du groupement : https://www.lesbiosortentdeloeuf.fr/