La potasse

Publié le : 13 janvier 2023

De la connaissance au savoir-faire

Très mobilisé par les cultures fruits sous abri, le potassium est un élément que les maraichers surveillent assidument…mais sans certitude. Les seuls outils de diagnostic connus des producteurs
sont les analyses de terre classiques, en complément de la lecture des plantes qui peuvent indiquer si cet élément manque ou non.

Bordure claire, carrence en K sur concombre

D’où vient le K ?

Le K, pour kalium ou potassium, fait partie des macroéléments avec le carbone C, l’hydrogène H, l’oxygène O et l’azote N, puis S (soufre), Ca (calcium) et Mg (magnésium).
C, H et O sont fournies par l’air et l’eau, le producteur n’a pas à s’en ‘préoccuper’, moyennant cependant un niveau adéquat d’irrigation par exemple.
L’origine de K est avant tout organique, dès lors que la parcelle reçoit un programme régulier en amendements organiques. La ressource peut être également minérale : en effet, la roche-mère peut en contenir et en libérer. Dans certains cas, notamment de roche mère assez friable et à bonne teneur en biotite par exemple (mica noir) ou de feldspath potassique, il faut se questionner sur cette fourniture du sol, quasi illimitée.

Quelle est l’utilité du K ?

Alors que l’azote, le phosphore et le soufre sont des constituants cellulaires de base, le potassium est bien moins présent dans les plantes (0.22% chez les végétaux…comme chez les humains) ; c’est un élément d’échange, il permet des synthèses dans les cellules et des transports entre cellules.
Point très important, il gère l’eau de la plante, en favorisant son absorption ou son départ par transpiration, d’où son importance dans les cultures-fruits gorgés d’eau : courgette, concombre, melon, tomate…
Ainsi, le potassium n’est pas un élément constitutif de la matière vivante, mais un élément de transfert de charge électrique : à la fin du cycle végétal, cet élément est en grande partie restitué au sol (source BRDA Hérody, Soltner).

Assez rare, le manque de potasse entraîne :
– un manque de vigueur de la plante,
– une sensibilité aux parasites,
– une irrégularité de la maturité,
– une diminution de la quantité des sucres, et de la synthèse des protéines.

A l’inverse, l’excès de K peut entraîner :
– une consommation de luxe, avec des plantes riches en potasse
– un antagonisme K/Ca, avec des plantes pauvres en Ca
– un antagonisme K/Mg, avec des plantes pauvres en Mg
– une teneur en eau élevée dans la plante (mauvaise conservation des foins pour les éleveurs)
– une synthèse des protéines perturbée
Des apports de potassium en milieu pauvre améliorent les rendements, jusqu’à un rapide plafond de verre.

Au-delà de cette limite, la plante réalise une consommation de luxe, qui entrave l’absorption de certains éléments : c’est connu pour le magnésium et le calcium, moins pour le sodium et le bore.
Cette consommation excessive est d’autant plus observable que les engrais potassiques (patenkali, kieserite) sont très solubles dans l’eau, donc directement assimilables par la plante. En apport initial au sol, ou parfois en pulvérisation foliaire après dissolution, leurs effets sont assez rapides, et
visibles sur la teneur en eau de la plante (plus verte, feuillage plus dru). Sur sol lessivant, un apport hivernal part quasi totalement en lessivage. Et même sur des sols de limons profonds, vouloir redresser son sol d’1kg/ha de K sur analyse coûte souvent de 4 à 5kg/ha en apport (source Agrireseau Canada).

Si besoin, comment en apporter ?

Historiquement, le patenkali est le principal engrais potassique utilisable en bio. C’est bien un engrais minéral (venant d’un minerai) mais non chimique (contrairement à l’azote minéral, toujours d’origine chimique).
Un rappel cependant, les sources de potassium sont variées dans les sols, et dans les sols agricoles : les roche-mères contenant de la potasse sont nombreuses mais ce flux n’est pas comptabilisé ni facilement approchable. De la même manière qu’un plan de fertilisation  comptabilise la fourniture de la matière organique du sol en azote, il faudrait également comptabiliser le flux en potasse issu de la partie minérale, qui s’approche uniquement en connaissant la parcelle, sa station, et sa roche-mère : en faisant un profil.

Dernier point, attention aux antagonismes, puisque les apports d’engrais comme le patenkali contiennent K et S, sont décalcifiants et antimagnésiens. Cet effet de décalcification est d’autant plus rapide que le sol est génétiquement décarbonaté.
En raison de la compétition entre K et Mg, un apport volumineux de K est préjudiciable, et bride la captation de Mg par la plante, alors même que ce Mg est la base de la fonction chlorophyllienne.
Pour les sols bien dotés en magnésium d’origine géologique : si la plante exprime une carence en Mg, elle est souvent induite par la concurrence avec l’apport de K. Par conséquent, il faut privilégier des apports où K et Mg sont associés, comme dans les engrais de ferme, aussi efficaces que des
apports minéraux. En cela, le patenkali est une bonne réponse puisque l’apport de Mg et K est simultané, mais reste un produit acidifiant par sa forte proportion de sulfates.

Pour les producteurs, cela signifie qu’il faut éviter de faire, sur la même saison, des apports de calcaire (fin surtout) et de potasse (patenkali), mais également surveiller des carences en bore qui sont souvent induites par l’excès des apports d’autres éléments. Ces antagonismes, souvent présentés sur les analyses de terre classiques, sont difficiles à prévoir ; avant de gaspiller de l’argent, il s’agit d’observer les cultures qui exprimeront les carences éventuelles.

Cet article a initialement été publié par le GAB-29, dans la feuille de chou n°337.