La conversion à la bio pour améliorer sa situation

Publié le : 5 mars 2019

Une étude de chercheurs de l’INRA de Toulouse auprès de 20 fermes bovines laitières en Aveyron montre que les agriculteurs s’étant engagés en bio en 2016 y voyaient une solution pour préparer l’avenir. Le suivi de leur conversion montre des bons niveaux de satisfaction vis-à-vis de leur situation en fin de conversion, à condition d’opter pour un mode d’élevage franchement tourné vers l’herbe et le pâturage.

Passer en bio pour voir plus loin

En 2016, les éleveurs laitiers vivaient une crise historique du secteur marquée par une chute drastique du prix du lait. Parallèlement, des laiteries cherchaient de nouveaux producteurs bio. Des entretiens auprès de 20 fermes bovines laitières aveyronnaises au début de leur conversion à l’agriculture biologique (au printemps 2016) ont montré qu’au-delà de préoccupations environnementales, économiques ou idéologiques souvent mises en avant, les motivations des éleveurs étaient de trouver des solutions pour se sortir d’une situation conventionnelle compliquée. L’AB leur apparaissait comme un mode de production offrant davantage de perspectives.

©Z’lex – « Passer en bio pour l’avenir ! »
Dessin de Z’lex, éleveur de bovins lait AB et dessinateur aveyronnais

Ils percevaient la bio comme moins risquée que l’agriculture conventionnelle notamment par la perspective de prix plus stables et le soutien de la consommation, permettant ainsi de retrouver la possibilité de se projeter vers l’avenir. Patrice* expliquait ainsi: “ce qui fait basculer, c’est que ce soit un système qui parait plus pérenne, où on peut essayer de faire des prévisions plus sur du court terme mais sur du moyen terme”.

De plus, ils voyaient la bio comme un moyen de développer leurs connaissances grâce aux réseaux de pairs et de conseillers actifs en AB, leur permettant ainsi de pouvoir mieux s’adapter à l’avenir. Un éleveur expliquait la bienveillance et la liberté de parole sur les expériences de chacun : « Ça permet d’échanger… quand on se loupe, de dire « j’ai loupé ça, ne pas refaire », ou « j’ai fait ça pour rattraper », ou « j’ai fait ça, ça marche bien »… c’est bien. »

Dans les entretiens, le poids émotionnel associé au sentiment d’être coincé dans le système conventionnel était souvent évoqué, et les agriculteurs espéraient que la bio contribuerait à améliorer leur satisfaction au travail pour se sentir plus fort face à des aléas futurs. Parmi les différents points évoqués sur ce thème, il ressortait des entretiens l’envie de retrouver un meilleur équilibre travail-vie personnelle en sortant de systèmes saturés en charge de travail qui n’apportent pas de résultat économique. Les témoignages étaient marqués par les rencontres avec des éleveurs en bio depuis plusieurs années: « on les voit sereins au niveau moral, au niveau travail et au niveau trésorerie« .

Enfin, les éleveurs témoignaient d’un intérêt important à se convertir à l’AB pour leur permettre de transmettre leur ferme et de maintenir des structures laitières familiales sur le territoire aveyronnais.

Des éleveurs satisfaits en fin de conversion

©Z’lex – « Bilan de la conversion : des éleveurs satisfaits »
Dessin de Z’lex, éleveur de bovins lait AB et dessinateur aveyronnais

Les suivis des trajectoires de 19 de ces fermes pendant leur conversion ont mis en évidence une diversité de trajectoires selon la situation avant conversion de la ferme (plus ou moins éloignée des pratiques généralement observées en bio) et l’ampleur des changements de pratiques mis en œuvre. A l’issue de la conversion, les 19 fermes sont fortement orientées vers l’herbe et le pâturage, ce qui a nécessité, pour certaines, des changements très importants en l’espace de 2 ans (par exemple, passer d’un système zéro pâturage à 7 mois de pâturage dans l’année).

Les éleveurs ont évalué leur satisfaction en fin de conversion sur 5 aspects : économique (rentabilité de la ferme, trésorerie…), agronomique (rendements, qualité des fourrages, situation du sol…), zootechnique (quantité et qualité de lait produite, situation sanitaire des animaux…), social (relations avec les autres agriculteurs, avec le monde non agricole…), et conditions de travail (temps de travail, pénibilité, saturation au travail, temps libre…). Dans l’ensemble, ils sont tous satisfaits en fin de conversion, et ce, quelle que soit leur trajectoire de conversion. Camille* exprimait ainsi : « J’ai le sentiment d’être plus en phase avec ce que veut la société, et d’être plus sereine pour l’avenir même s’il y aussi des risques« .

Cette évolution de satisfaction est à mettre en lien avec les retours très positifs sur l’accompagnement dont les agriculteurs ont bénéficié au moment du choix et en suivant, et ce sur des accompagnements individuels ou collectifs. Les éleveurs insistaient notamment sur l’importance des conseillers et des autres agriculteurs comme ressources et sources de motivation pendant la conversion.

Des attentes sur la suite de la conversion

Certains éleveurs ont fait part de leurs questionnements concernant des résultats jugés peu satisfaisants. Cela concerne par exemple les modes de gestion à mettre en œuvre pour garantir la qualité et la quantité de lait en ration hivernale, ou encore la qualité des méteils. Tournés vers l’avenir, les éleveurs ont partagés leurs attentes pour la suite : par exemple la possibilité d’embaucher, l’amélioration de la santé animale et de la gestion pâturage-fourrage, ou encore le lancement d’un autre projet sur la ferme comme la transformation fromagère.

Auteurs : Maëlys Bouttes (UMR AGIR INRA Toulouse), Ika Darnhofer (UMR DYNAFOR INRA Toulouse), Magali San Cristobal (University of Natural Resources and Life Sciences, Vienne, Autriche), Alexandre Bancarel (APABA, Aveyron), Stéphane Doumayzel (Chambre d’Agriculture de l’Aveyron), Sandrine Viguié (Chambre d’Agriculture de l’Aveyron), Guillaume Martin (UMR AGIR INRA Toulouse)

* Les noms des éleveurs et éleveuses ont été transformés.

D'où viennent ces résultats? Envie d'en savoir plus?

Ces résultats s’appuient sur des données d’entretiens en tête à tête avec des éleveurs sur les motivations à passer en bio, sur l’évolution des pratiques et sur la satisfaction des éleveurs en fin de conversion. Ces données ont été collectées par Maëlys Bouttes dans le cadre de sa thèse à l’INRA de Toulouse (2015-2018, manuscrit téléchargeable sur internet). L’analyse a été d’une part qualitative sur les questions de motivations, et d’autre part statistique pour caractériser les évolutions de pratiques et de satisfaction pendant et à l’issue de la conversion. Des vidéos sur le travail de thèse avec des témoignages d’éleveurs seront réalisées début 2019 et seront en ligne sur le site internet PSDR Occitanie pour les curieux d’en savoir plus !