Varroa : bloquer la ponte pour gagner en efficacité lors des traitements à l’acide oxalique

Publié le : 15 janvier 2016

Yves GOÏC – apiculteur bio et membre du groupement de producteurs de gelée royale (GPGR) – a livré à l’occasion d’une journée technique apiculture biologique organisée en PACA en 2015 ses recommandations sur la technique de blocage de ponte par encagement des reines avant traitement à l’acide oxalique.

Les varroas se réfugient dans les cellules operculées, notamment pour s’y reproduire. La méthode consiste donc à traiter en absence de couvain et de stade larvaire avancé, en encageant la reine durant 21 jours environ, puis en effectuant un traitement à l’acide oxalique (2 applications espacées de 6 jours maximum) pour éliminer les varroas phorétiques.

Pratiquée depuis 2008 par près de 30 % des apiculteurs professionnels italiens possédant jusqu’à 1 000 colonies, en conventionnel ou en Bio, cette méthode de lutte contre varroa, qui ne retenait guère l’attention des organismes de recherche jusqu’à présent, a été expérimentée par un groupe informel d’apiculteurs français constitué lors de l’assemblée générale 2014 du GPGR. Ainsi, en 2015, près de 3 000 colonies sur 18 exploitations ont été traitées hors couvain, en pleine saison, après blocage de ponte par encagement, avec des résultats très satisfaisants. La mise en cage est effectuée en général entre le 7 et le 21 juillet au moyen de cagettes Scalvini, modèle retenu car n’entrainant quasiment pas de perte de reines à la libération, notamment du fait que celles-ci peuvent continuer à pondre durant toute la période de captivité (amorces de cellules couvrant le fond de la cagette : la reine pond en continu, les abeilles nettoyant au fur et à mesure).

Quelques-clés pour optimiser l’opération :

  • Compter 22 jours d’encagement (sécurité par rapport au couvain de mâle et au fait que les varroas tendent à se mettre à l’abri dans les cellules jusqu’à trois jours avant l’operculation) ;
  • L’acide oxalique ne peut théoriquement être appliqué par dégouttement qu’une fois sur une même génération d’abeilles π préférer la sublimation ;
  • Les reines peuvent être libérées avant le traitement. Mais elles se remettent en ponte immédiatement et le couvain ne doit pas avoir plus de 6 jours au moment du traitement, soit une libération au plus tôt à 18 jours, et un traitement flash à 22 jours, ou bien libération à 21 jours et traitement à 25 jours en présence de couvain de mâles ;
  • On peut effectuer d’autres traitements flash pour baisser la pression, notamment à l’encagement ;
  • La génération d’abeilles de la reprise de ponte est celle qui doit assurer l’élevage des abeilles d’hiver de qualité. La période optimale d’encagement se situe donc autour de fin Juin au Nord de la France et deuxième quinzaine de Juillet sur les côtes méridionales ;
  • La cage est insérée au centre d’un cadre, lui-même placé au centre de la colonie en tenant compte d’un déplacement éventuel de la grappe [Les italiens testent des cages polonaises de la longueur d’un cadre pour que la reine puisse suivre et ne soit pas laissée seule en dehors de la grappe. Ils encagent vers novembre et les colonies sont très dynamiques au printemps.] ;
  • Dépistage des varroas phorétiques au sucre glace pour évaluer le niveau d’infestation (une colonie sur 10) ;
  • Avoir de préférence des reines marquées ;
  • Prévoir un dispositif ou gabarit permettant de marquer les cadres aux dimensions de la cagette ;
  • Se prémunir contre le pillage (calendrier ou protections renforcées) ;
  • Avoir des reines en stock pour permettre un remérage facile si nécessaire.

Cette méthode, fort prometteuse, est encore en train de faire ses preuves. Elle n’est pas adaptée à toutes les situations (travail minutieux et gourmand en main d’œuvre) et peut même se révéler problématique en cas d’intoxication ou d’affaiblissement préalable des colonies. Des études complémentaires sont nécessaires pour affiner sa mise en œuvre avant de la présenter comme la solution la plus aboutie en bio pour lutter contre Varroa.

Article rédigé par Rémi VEYRAND (Agribio 13), avec la contribution de Vincent GIROD (ADAPRO LR) et de Yves GOÏC