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Les légumineuses s’intègrent parfaitement aux rotations longues nécessaires en agriculture biologique. Elles fixent dans le sol l’azote atmosphérique dont les cultures suivantes auront besoin pour croître. Au-delà de leur intérêt agronomique avéré, la question de leur valorisation est centrale pour la viabilité économique des fermes bio. Mais encore faut-il que les producteurs bio s’organisent pour maîtriser la commercialisation. C’est que nous enseigne la trajectoire du GIE de la Ferme de Chassagne, spécialiste du légume sec.
La filière légumes secs en France est largement déficitaire. D’après le diagnostic des filières légumineuses à destination de l’alimentation humaine en France réalisé par Solagro en 2015, la production nationale, conventionnelle et bio, ne couvre que 27 % des besoins (même proportion pour la production uniquement bio). Depuis les années 1960, en l’absence de soutien économique et de structuration du secteur, les superficies de légumes secs ont fortement diminué laissant la place aux importations (Canada, Europe de l’Est, Asie).
La part des superficies cultivées en bio par rapport à la surface totale cultivée en France (bio et conventionnelle) est en revanche très significative : 33% des surfaces de légumes secs sont en bio.
Fin 2016, 1046 fermes bio cultivaient des légumes secs en production principale, soit l’équivalent de 8658 hectares, dont 660 en conversion.
Les conversions massive dans le secteur des grandes cultures en 2016 entraîneront une croissance certaine des surfaces cultivées et des volumes disponibles en bio à partir de 2018. Mais dans un marché concurrentiel et ouvert comme celui des légumineuses, les producteurs bio doivent s’organiser pour maîtriser leur commercialisation et capter la valeur ajoutée.
Fondé en 1995, le GIE Ferme de Chassagne est un groupement d’agriculteurs bio basé en Charente, spécialisé dans la culture, la transformation et la commercialisation de céréales et de légumes secs. Économes en eau et autonomes en intrants, les légumes secs sont particulièrement adaptés aux terroirs calcaires séchant de la Charente, mais restent très vulnérables aux aléas climatiques.
C’est suite à la baisse des cours subie au début des années 1990 que 7 producteurs bio de légumes secs ont décidé de s’associer au sein d’une structure collective pour valoriser leur production, indispensable pour la viabilité agronomique de leurs fermes. Leur objectif : garantir un prix rémunérateur aux producteurs et un prix équitable au consommateur.
« La démarche collective est au cœur du projet du GIE. La structuration en groupement permet de réaliser des investissements mutualisés dans des outils de production et de transformation pour valoriser au maximum les produits. C’est aussi un atout au stade de la commercialisation pour défendre nos prix et assurer les volumes contractualisés avec les clients en cas d’aléas climatiques. »
Céline Peloquin, du GIE Ferme de Chassagne
Dès 1996/1997, le GIE propose ses produits à Biocoop, alors en recherche de fournisseurs français, pour la mise en place d’un partenariat. Objectif : développer une gamme de lentilles bio, pois chiches bio, haricots bio français plutôt que du Canada ou de Hongrie. Consciente des spécificités de la filière, Biocoop a souhaité construire le partenariat avec la Ferme de Chassagne et d’autres groupements 100 % Bio, sous l’égide de la démarche « Ensemble ». Un maître mot : donner de la visibilité à travers des prix et des volumes garantis dans le temps.
Dès le départ, le GIE a souhaité commercialiser un produit prêt à être vendu au consommateur. Grâce à ce partenariat, le GIE a progressivement renouvelé et perfectionné ses outils : création d’ateliers de transformation et de vente, investissement de 200 000 euros sur une ligne de tri avec 1 nettoyeur-séparateur, 2 tables densimétriques, 2 alvéolaires.
Intéressée par la démarche des membres du GIE, la SCOP Ethiquable, en recherche de partenaires pour développer sa gamme « Paysans d’Ici », les contacte en 2013. Paysans d’Ici est une démarche de commerce équitable Nord/Nord lancé par Ethiquable en 2011. Le GIE, réticent au départ à l’idée de vendre à la grande distribution (Ethiquable commercialise sa gamme uniquement en GMS), a été convaincu de l’éthique et de l’authenticité du projet de la SCOP, qui s’engage à :
En 2016, le GIE a vendu à Ethiquable 15 tonnes de légumes secs (sur une production totale de 200 tonnes).
« Ce qui est intéressant avec le GIE, c’est sa vision politique : se réapproprier la valeur ajoutée dans le groupement de producteurs, être autonome dans les circuits de distribution et défendre une juste rémunération du producteur. »
Adrien Brondel, SCOP Ethiquable
Après 22 ans d’existence, le GIE, passé de 5 à 13 membres, a pour projet d’accueillir de nouveaux producteurs bio. Leur objectif, lui ne change pas : maintenir des fermes à taille humaine, participer au développement local, à travers la création d’emplois et garder la valeur ajoutée sur les fermes et les territoires.
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