Santé en élevage de lapins bio : focus sur trois maladies majeures et les moyens de lutte

Publié le : 12 octobre 2017

Préserver la santé en élevage de lapins bio passe par de bonnes pratiques d’élevage et d’hygiène. Ces derniers sont assurés par une bonne alimentation, un pâturage tournant respectant des temps de retour, un logement adapté… Cependant, les éleveurs identifient trois risques majeurs pouvant engendrer d’importantes pertes : la coccidiose, le VHD et la myxomatose. Les informations ci-après sont issues de témoignages d’éleveurs et d’apports d’une vétérinaire (compte-rendus de formation).

La coccidiose

La coccidiose est un parasite majeur en élevage de lapins bio. Favorisée par le stress (alimentaire, sevrage, changement de lot…), elle provoque des diarrhées, des baisses de croissance et peut causer la mort du lapin. On distingue une dizaine d’espèces différentes dont 6 sont pathogènes pour le lapin. Elles touchent les lapins entre 5 à 12 semaines d’âge et, immunisé, le cheptel reproducteur joue un rôle de réservoir.

Pour gérer la pression de ce parasite sans traitement, différents moyens de lutte sont mis en place par les éleveurs :

  • Limiter tout stress auprès des animaux, qu’il provienne de l’alimentation, du sevrage, d’un changement de lot, ou encore d’un changement de logement… ;
  • Mettre en place un pâturage tournant : étant donné que le cycle du parasite est de 3 semaines, un délai de retour au pâturage de 2 mois permet de limiter le risque pour les animaux ;
  • Avoir un chargement modéré : plus le nombre d’animaux est important, plus la dissémination des œufs (ookystes) est importante, ce qui augmente le risque d’infestation ;
  • Alterner 2-3 années de pâture avec 2-3 années de fauche ;
  • Désinfecter les logements à l’eau chaude (plus de 80°C) ;
  • Alterner avec d’autres espèces au pâturage, telles que les bovins et les ovins : cette pratique permet de valoriser différentes strates de l’herbe, mais n’est intéressante, évidemment, que pour les parasites qui ne sont pas communs à ces différentes espèces ;
  • Ajouter du vinaigre de cidre dans les eaux de boissons (1 % normalement et jusqu’à 5-6 %)
  • Réaliser des coproscopies (analyse de fèces) : au-delà de 5000 ookystes par gramme de fèces un traitement peut être réalisé ;
  • Utiliser des médecines alternatives comme antiparasitaire, en complément de bonnes pratiques d’élevage :
    • Glands (tanins) : faire bouillir des glands pendant 30 minutes et donner l’eau de cuisson aux lapins, à hauteur d’une demi-tasse à café par adulte, pendant 3 jours, à la pleine lune
    • Huiles essentielles de basilic et de thym : 3 gouttes de chaque pour 60 litres d’eau de boisson
    • Teinture mère de thym et d’ail : 1 bouchon pour 10 litres d’eau de boisson, à donner une fois tous les 15 jours
    • Fleur de Bach (dilution dans l’eau de boisson)
    • Chlorure de magnésium : entre 50 et 100 grammes pour 10 litres d’eau de boisson, à donner une fois par mois.

La VHD (maladie virale hémorragique)

La VHD, ou maladie virale hémorragique du lapin, est une maladie infectieuse hautement contagieuse. Elle est souvent fatale au lapin. Il en existe deux types : RHDV et RHDV2. La forme classique (RHDV) est caractérisée par une mort rapide, consécutive à une hépatite virale. Provoquée par un virus très résistant dans l’environnement (actif plus de 3 mois à température ambiante, résistance au gel…), elle touche les adultes et les pré-adultes (à partir de 4 à 5 mois).

Sa transmission se fait par voie orale et peut être occasionnée par le contact avec des lapins porteurs, par une alimentation ou du matériel contaminé, ou encore par une intervention de l’éleveur. En effet, bien que ce virus touche exclusivement l’espèce Oryctolagus cuniculus (c’est-à-dire tous les lapins européens, sauvages ou domestiques), d’autres vecteurs que les lapins, indirects, peuvent le transmettre : les hommes, les chiens et les autres mammifères domestiques… Du fait de sa résistance dans le milieu extérieur, le virus est souvent présent dans les élevages, où il faut donc que les conditions soient les moins favorables possibles à son développement.

La VHD a une phase d’incubation de 24 à 48 h pendant laquelle le lapin est en hyperthermie (41.5°C), suivie par une phase d’hypothermie (38°C). En termes de symptômes, le lapin malade a des difficultés respiratoires, les pattes étirées, la tête en l’air… On peut parfois noter des signes de saignement de nez. A l’autopsie, on observe du sang dans les poumons et la trachée.

Pour lutter contre cette maladie, différents moyens sont mobilisables par les éleveurs :

  • Travailler sur les vecteurs de la maladie en mettant en place des pratiques de biosécurité pour limiter les risques d’introduction du virus.
  • Assainir les cages pour freiner l’invasion : il faut brasser des huiles essentielles d’eucalyptus dans du lithothamne et le mettre dans les cages.
  • Réaliser une cure de chlorure de magnésium dans l’eau : diluer 30g dans 1L d’eau et donner 0,5L / jour / femelle. Cette cure est utilisable également en cas de stress ponctuel pendant 2 ou 3 jours ou lors du sevrage, pour la mère et les petits (vigilance aux diarrhées des jeunes).
  • Vacciner les mères est possible en agriculture biologique. Toutefois, il faut veiller au choix du vaccin qui, même s’il est efficace, ne couvre pas forcement les deux types de VHD et n’assure pas l’immunité des petits. La vaccination de 15% des femelles reproductrices suffit pour protéger l’ensemble du troupeau.

La myxomatose

La myxomatose est une maladie infectieuse, virulente et contagieuse pouvant engendrer de 50 à 100 % de mortalité selon les souches (avec une durée de survie allant de 13 à 50 jours pour les souches les plus virulentes). Ses principaux modes de transmission sont les piqûres d’insectes (puce et moustique) ainsi que le contact entre lapins. Les premiers symptômes sont visibles sur les yeux : écoulement, inflammation des paupières, gonflement de la tête…

La myxomatose n’admet qu’une action préventive. Les éleveurs de lapins bio emploient trois moyens d’action : la séparation des individus atteints, l’homéopathie (le Febristyl) et la vaccination.

 

Les éleveurs bio sont invités à contacter leur GAB pour partager leurs expériences, les moyens de luttes mobilisés, les coûts induits, leurs réussites et leurs questions… afin d’améliorer la conduite des élevages de lapins bio.

Article rédigé par Simon THOMAS (Civam Bio 53)

Pour en savoir plus :

  • Fiche technique « Gestion de la santé en élevage cunicole », ITAB, 2012, CASDAR RFI Lapin Bio
  • « Le lapin, de la biologie à l’élevage », Santé et prévention des maladies, Gidenne T., 2015, Edition Quae
  • Compte-rendus de formations lapin bio (« Analyse et reconnaissance des risques sanitaires », septembre 2009, avec l’intervention Bernadette Lenormand, « Groupe d’échanges lapins bio » de mars 2009…) disponibles sur demande auprès de l’Association des Éleveurs de Lapins Bio de France.