« Mélanges Utiles aux Systèmes de Culture et Auxiliaires pour favoriser une Réduction des Intrants »

Publié le : 19 septembre 2018

Les enseignements du projet MUSCARI sur les mélanges fleuris fonctionnels

Le 19 juin 2018 avait lieu la restitution du projet CASDAR Muscari « Mélanges Utiles aux Systèmes de Culture et Auxiliaires pour favoriser une Réduction des Intrants ». Ce projet de 4 ans, porté par le GRAB d’Avignon, vise à encourager les agriculteurs à mieux utiliser les services rendus par la biodiversité fonctionnelle afin de réduire l’usage des insecticides. Retour sur ses enseignements et ouverture sur le projet Eco-Orchard sur la biodiversité fonctionnelle dans les vergers.

Bande fleurie - crédit : Chambre d'agriculture 82

Comment optimiser l’effet réel des installations « d’habitats » sur le contrôle des ravageurs dans les cultures ?

Alexandra Magro (UMR – CNRS : Évolution et Diversité biologique) a présenté quelques observations et recommandations pour renforcer l’effet des installations d’habitats :

  • Les auxiliaires généralistes répondent différemment selon la complexité du paysage.
  • Les auxiliaires généralistes répondent positivement à la complexité du paysage à toutes les échelles.
  • Les auxiliaires spécialistes répondent positivement surtout à la complexité du paysage à petite échelle.
  • Pour le contrôle du puceron, ce sont les auxiliaires spécialistes qui sont les plus importants. Les aménagements aux abords ou à l’intérieur des parcelles sont donc essentiels.
  • Assembler des communautés où les espèces ont des complémentarités de niche de façon à diminuer la compétition interspécifique. Non encore étudié dans les champs.
  • Lier le haut (arbre) et le sol pour une bonne régulation des ravageurs.

« L’efficacité des communautés d’ennemis naturels est dépendante des traits fonctionnels des espèces qui la composent. Pour réussir à assembler des communautés d’ennemis naturels efficaces, il faut connaître les traits fonctionnels des espèces, choisir des habitats correspondant aux groupes fonctionnels qui nous intéressent en fonction du ravageur visé et ne pas oublier de tenir compte des échelles de diversification de ces habitats (parcelle, exploitation, paysage). »

Le projet MUSCARI : les bandes fleuries à l’essai

Présenté par François Warlop (GRAB)

Le projet MUSCARI vise à améliorer l’offre commerciale en mélanges fleuris fonctionnels. Concrètement, des mélanges fleuris « maison » ont été élaborés et comparés avec un mélange commercial classique : évaluation de leur comportement botanique et évaluation agro-écoécologique. Sur cette base, des mélanges régionaux, adaptés aux différentes conditions de culture, ont été constitués avec des semenciers

Une page web a été créé afin d’améliorer l’accès à l’information sur les mélanges fleuris fonctionnels pour les producteurs.

Mélange commercial + de 20 espèces

Ce projet s’est déployé sur 4 filières différentes (arboriculture, grandes cultures, maraîchage et viticulture) et les essais ont eu lieu sur 14 sites différents. 6 mélanges ont été évalués, dont 3 mélanges « maison ».

Les outils de comptage des insectes ont été testés afin de trouver une méthode facile à mettre en œuvre par des producteurs mais aussi par des techniciens. Les méthodes les plus adaptées seraient le visuel et le filet fauchoir.

Un tableau présente les caractéristiques des différentes méthodes de comptage (voir ICI).

Mélanges maison : quelques règles de composition

Les mélanges « maison » testés au cours du projet ont été élaborés selon les principes suivants :

  • Choisir une diversité de plantes pour cibler une diversité de phytophages.
  • Fournir des habitats stables, des ressources alimentaires et des proies alternatives aux auxiliaires : une majorité de plantes pérennes, des floraisons étalées toutes l’année, des ressources florales présentes et accessibles selon la morphologie de la fleur (nectar et nectar extrafloral) et des légumineuses pour héberger des pucerons.
  • Avoir une redondance fonctionnelle dans le mélange complet.
  • Choisir des espèces indigènes et adaptées.
  • S’appuyer sur l’expérience des partenaires
  • Prendre en compte la disponibilité et le coût des semences.

Les essais menés ont permis d’arriver à quelques conclusions :

  • Mélange Muscari complexe

    Les Astéracées et les Apiacées seraient très intéressantes pour attirer les syrphes et les parasitoïdes.

  • Petit inconvénient du Bleuet : plante annuelle, à ressemer chaque année.
  • Il est important de choisir des espèces à floraison précoce pour attirer le plus tôt possible les parasitoïdes, le pissenlit et la pâquerette semblent adapté et présente en outre l’avantage de pousser naturellement : il n’est pas nécessaire de les semer.
  • L’implantation de ces mélanges au bout de 2 ans s’avère aléatoire : selon l’historique de la parcelle, la préparation du sol et les conditions climatiques, la levée est plus ou moins réussie.
  • Pour chaque essai, des relevés botaniques et faunistiques (arthropodes inclus) ont été réalisés. En 2016, le mélange qui a obtenu les meilleurs résultats (c’est-à-dire qu’il a attiré le plus les auxiliaires) était le Muscari complexe 1A alors que c’était le mélange Muscari 2A en 2017.

La relation entre diversité floristique et présence d’auxiliaires n’a pas été prouvée statistiquement. Notamment sur l’essai en vigne, l’abondance d’auxiliaires est plus élevée avec un couvert végétal élevé (spontané) qu’avec les couverts spécifiques.

Des résultats variables en fonction des sites d’essais :

Comptage au filet fauchoir

Sur le site de Grignon (grandes cultures), c’est dans les mélanges Muscari (= « maison ») que les auxiliaires sont les plus abondants.

Sur le site du GRAB (maraîchage et arboriculture), l’implantation des mélanges n’a pas été efficace : seulement 10 % des espèces semées au bout de 2 ans. Dans l’essai en verger, les auxiliaires généralistes sont là tôt en saison, ce qui a permis de limiter les attaques de pucerons. Les auxiliaires spécifiques sont arrivés plus tard, ce qui permet de dire que la population d’auxiliaires est fonction de la population de pucerons (ce qui conforte le constat de plusieurs études).

Pour le site de la région bordelaise (vigne), l’objectif de l’essai était la régulation des populations de cicadelles vertes. Les populations ont bien diminué à proximité des bandes fleurie semées sans que des différences significatives n’apparaissent entre les différents mélanges essayés.

Recommandations pour la composition des mélanges

Le projet européen Eco-Orchard

Laurent Jamar, du centre de recherche agricole de Wallonie (CRA-W Gembloux, en Belgique) a présenté le projet européen Eco-Orchard «Innovative design and management to boost functional biodiversity of organic orchards ». Ce projet 2015-2018 vise à :

  • Collecter les innovations, connaissances et techniques.
  • Fournir des outils faciles pour évaluer l’effet de la biodiversité.
  • Evaluer l’impact des bandes fleuries dans 12 vergers situés dans 6 pays. L’évaluation se fait dans le verger et non dans la bande fleurie.
  • Créer un réseau européen de producteurs, conseillers et chercheurs.

 

Zoom sur la parcelle du projet Eco-Orchard au CRA-W :

  • Tous les 6 rangs, implantation d’une bandes fleurie mélangée avec des arbustes.
  • Plantation en 2002.
  • Aucun insecticide n’a été utilisé durant le projet. Il n’y a eu aucun dégât sous le seuil de nuisibilité.
  • Résultats : en 2017, la bande fleurie était toujours présente et active.

Une enquête a été réalisée afin d’identifier les ravageurs à suivre de plus près dans le projet. Parmi les 5 principaux ravageurs de type arthropode présent dans les vergers de pommiers, le carpocapse pomme et le puceron cendré ont été identifié comme les plus présents (respectivement par 28 % et 19 % des répondants).

4 techniques simples de suivi de la biodiversité dans les vergers ont été adoptées :

  1. Contrôle visuel
  2. Proies sentinelles
  3. Bandes cartonnées
  4. Frappage.

Gestion du fauchage au CRA-W sur les pommiers :

La fauche est effectuée 1 à 3 semaines avant la floraison, puis 1 fois en juin environ (6 semaines après floraison), 1 fois à la fin de l’été (septembre) et 1 fois fin octobre en cas de présence de campagnols.

Pour l’entretien de la bande fleurie, une hauteur comprise entre 30 cm et 1 m est conservée au milieu du rang, le reste est tondu. Les rejets de tonte sont mis sur le rang.

Résultats et conseils tirés du projet :

  • Avec les bandes fleuries, il y a 43 % d’espèces d’auxiliaires en plus qu’avec la technique de tonte totale entre-rang.
  • Il est fortement conseillé de partir sur des variétés qui ne poussent pas trop haut et tolérante à la fauche.
  • Il est recommandé de ne pas fertiliser les bandes fleuries (pas d’intérêt agronomique ni économique).

Pour aller plus loin :