Élever les chevrettes de renouvellement sous les mères : quelles motivations ?

Publié le : 6 juillet 2023

Des éleveurs caprins font le choix d’élever leurs chevrettes de renouvellement sous les mères. Une enquête a été menée en 2021 par l’Anses (Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), en collaboration avec le Civam Haut-Bocage et l’OMACAP, auprès de 40 éleveurs élevant leurs chevrettes de renouvellement sous les mères depuis plus d’un an. Cet article décrit les caractéristiques des élevages enquêtés ainsi que les motivations qui ont poussé les éleveurs à mettre en place cette pratique.

Chevrettes renouvellement

Contexte

Dans la majorité des élevages caprins laitiers, les chevrettes sont séparées de leur mère à la naissance et nourries à la poudre de lait, principalement pour des raisons sanitaires (empêcher la transmission de pathologies de la mère vers le jeune comme le CAEV par exemple) et économiques. En Agriculture Biologique (AB), le cahier des charges indique néanmoins une préférence pour l’utilisation de lait maternel, avec la possibilité d’utiliser du lait biologique d’une autre espèce. S’il est également possible d’utiliser de la poudre de lait biologique, à condition qu’elle soit sans matières d’origine végétale et composants chimiques de synthèse, la disponibilité et le coût représentent actuellement un frein à son utilisation. À cette problématique économique, s’ajoute le souhait de permettre aux animaux d’exprimer leur comportement naturel et de gagner en temps de travail. Des éleveurs sont donc en questionnement sur la conduite de la phase lactée des chevrettes et certains font le choix d’élever les chevrettes de renouvellement sous les mères. Ces questionnements sont également observés dans d’autres filières laitières biologiques, comme les vaches laitières, où l’allaitement des veaux par des nourrices ou par leur mère peut être mis en place.

Pour ces diverses raisons, et suite à la rencontre d’éleveurs du Pays Basque élevant leurs chevrettes sous les mères, des éleveurs du groupe du Civam Haut-Bocage ont fait le choix de changer de pratique depuis 2018 (Vidéo : Des chèvres au pâturage : parcours d’un collectif, Civam Haut Bocage). Une première enquête réalisée par le Civam Haut-Bocage, en collaboration avec l’Anses et l’OMACAP, en 2020 auprès d’eux a montré qu’au sein de leur groupe les pratiques étaient variées et que les ressentis et l’organisation pouvaient différer selon les éleveurs.

Très peu de données étant disponibles à propos de cette pratique, et celle-ci soulevant de nombreux questionnements, une enquête nationale a été menée en 2021 pour répondre aux objectifs suivants : décrire la diversité des pratiques d’élevage des chevrettes de renouvellement sous la mère et recueillir auprès des éleveurs leurs motivations, les bénéfices et inconvénients notés, ainsi que les impacts ressentis sur différents aspects en lien avec la pratique. L’enquête a été conduite par l’Anses, avec l’appui de l’OMACAP et du Civam Haut-Bocage.

Civam Anses Omacap

Identification des éleveurs enquêtés

Les éleveurs élevant les chevrettes sous les mères ont été identifiés grâce à l’appui des réseaux des GDS, des Chambres d’agriculture, de la FNAB, des syndicats caprins et des Civam, ainsi que des éleveurs eux-mêmes. 40 élevant leurs chevrettes de renouvellement sous les mères depuis au moins 1 an (40 % depuis 3 ans ou moins) ont été interrogés par deux enquêteurs. Quatre éleveurs ayant arrêté la pratique ont également été interrogés, les raisons de l’arrêt de la pratique seront présentées dans un autre article sur le sujet.

Enquete eleveurs

Description des élevages enquêtés

Les 40 éleveurs enquêtés sont en moyenne plus jeunes que la population d’éleveurs caprins. Le système fromager, ou transformateur, est le plus représenté (82,5 %) et la majorité des éleveurs n’est pas issue du milieu agricole (72,5 %). Un peu plus de la moitié des élevages sont labellisés AB.

Les troupeaux des éleveurs enquêtés sont plus petits que la moyenne nationale, la majorité des éleveurs enquêtés (67,5 %) ont entre 10 et 99 chèvres (minimum : 12 | maximum : 500).

ChevretteLe nombre médian de chevrettes de renouvellement est de 12,5 (4-120). Les mises-bas sont saisonnées dans 88 % des élevages.

Les races à petits effectifs (Poitevine, Corse, Rove, Chèvre des fossés, Chèvre des Pyrénées…) sont très présentes dans les élevages enquêtés : plus de la moitié des enquêtés en ont intégré dans leur troupeau, en partie ou en totalité.

Dans tous les élevages, les chèvres ont accès à l’extérieur (pâturage, parcours, alpage, estive).

En résumé

Les élevages enquêtés sont majoritairement des fromagers certifiés Agriculture Biologique, avec des troupeaux de petite taille, en reproduction saisonnée, et des races à petits effectifs. Les éleveurs se sont plutôt installés hors cadre familial.

Mise en place de la pratique et motivations

Les éleveurs ont été interrogés via des questions ouvertes sur les motivations qui les ont poussés à mettre en place cette pratique et sur les craintes qu’ils ont pu avoir lorsqu’ils ont fait ce choix.

Les principales motivations citées par les éleveurs sont :

  1. Éthique, valeurs personnelles, élevage jugé plus naturel et/ou plaisir (citée par 42,5 % des éleveurs)
  2. Créer un lien mère-jeune, favoriser l’apprentissage et l’intégration dans le troupeau (35 %)
  3. Gain de temps et/ou confort de travail (32,5 %)
  4. Croissance des chevrettes (27,5 %)
  5. Bien-être et santé des animaux (22,5 %).

Environ 3/4 des éleveurs ont indiqué n’avoir eu aucune crainte lors de la mise en place de cette pratique.

Les craintes suivantes ont néanmoins été citées par 1 à 5 éleveurs :

  1. Perte de lait ou économique (12,5 %)
  2. Impacts sanitaires négatifs (10 %)
  3. Chevrettes sauvages (7,5 %)
  4. Autres (2,5 %)  : croissance retardée, atteintes mammaires, perte d’instinct maternel, exposition des chevreaux au froid.

En résumé

Un peu plus de la moitié (55 %) des éleveurs ont changé de pratique (passage de l’allaitement artificiel à l’allaitement sous les mères), dont la moitié depuis 2016.

Parmi les éleveurs qui ont toujours élevé leurs chevrettes de renouvellement sous les mères, la moitié s’est installée après 2014.

Ce premier article, rédigé par Marianne Berthelot, est le premier d’une série de 3 articles. Les deux suivants présenteront les pratiques d’élevage des chevrettes de renouvellement sous les mères et le ressenti des éleveurs sur différents aspects suite à la mise en place de cette pratique, ainsi que les bénéfices et inconvénients généraux perçus.

Nouvelle Aquitaine

Remerciements : Nous remercions tous les éleveurs d’avoir accepté de participer à cette enquête, les professionnels agricoles qui ont contribué au bon déroulement de cette étude et la Région Nouvelle-Aquitaine pour le financement de cette étude.

Photos : Les photos de cet article proviennent des éleveurs enquêtés.

Contact pour plus d’informations : marianne.berthelot[at]anses.fr