Des veaux sous la mère engraissés en hiver au pâturage : retour d’expérience
Dans le cadre du projet Cap Protéines +, chaque membre du groupe a choisi de mettre en place, sur sa ferme, un levier pour atteindre l’autonomie alimentaire.
Cet hiver 2025-2026, un membre du groupe a décidé de laisser un lot de vaches et leurs veaux pâturer sur ses parcelles en hiver. Le but étant de valoriser la pousse de l’herbe de l’hiver et d’engraisser des animaux du lot de vêlage d’automne pour un moindre coût
Les animaux :
Le lot concerné est constitué de 6 vaches et de 7 primipares (vêlage 30 mois) limousines croisées Angus, et de leurs veaux provenant d’un taureau limousin ou charolais. 3 des veaux croisés limousins sont nés mi-juillet tandis que le reste des veaux (10) croisés charolais sont nés en septembre-octobre.
Les cultures :
La figure 1 reprend les différente s parcelles dans lesquelles le lot a pâturé durant l’hiver.
Figure 1 : Schéma du calendrier de pâturage hivernal mis en place.
La prairie temporaire de fétuque a été semée il y a 5 ans avec du trèfle, qui n’a pas levé. A l’approche de son retournement, l’éleveur a choisi de valoriser cette surface une dernière fois en y installant ses animaux pour un pâturage hivernal, d’abord son troupeau de vaches puis de moutons. Après cinq années de production, la prairie montre en effet des signes de fatigue : dégarnissement et baisse de biomasse.
Ces parcelles en fin de cycle sont utilisées pour accueillir des animaux en hiver, sans craindre de dégradation du sol pour la saison suivante, puisque ces surfaces seront retournées et ressemées au printemps. La parcelle sera ainsi pâturée par un lot de avant sa destruction, puis ressemée dès que la portance du sol le permettra. Le nouveau couvert sera une association de sorgho multi-coupe (variété Piper), trèfle d’Alexandrie et trèfle blanc, avec pour objectif la récolte de deux coupes. La seconde coupe servira de support au semis d’un méteil sous couvert de trèfle.
Le méteil (avoine, épeautre et vesce) a été semé très tôt, début septembre, ce qui a entraîné un développement trop avancé avant les premières neiges. Dès qu’il a été exposé aux conditions hivernales, il a subi des dégâts importants : jaunissement et couchage des tiges. C’est pour cela que l’éleveur a choisi de valoriser cette culture en y mettant ses vaches pendant l’hiver, tout en envisageant un retournement de la parcelle au printemps si besoin.
Afin de préserver la parcelle et la culture, les vaches ont été retirées après un mois de pâturage, pour éviter de descendre en dessous des 5 cm de hauteur d’herbe. Depuis le début de l’année 2026, le méteil a montré une bonne capacité de reprise (photo 1), malgré la dégradation initiale du sol. Il pourra finalement être récolté en enrubanné dès le début de l’été sans besoin de retournement.


Figure 2 : Photo du méteil début mars 2026.
Résultats
L’éleveur a vendu 3 veaux à la SICAGIEB, ceux nés en juillet d’un taureau limousin. Il les a vendus le 19/01/26 soit 6 mois après leur naissance. 4 autres ont également été vendus le 10/03/26 à 7 mois, puis le reste s’étalera jusqu’au 15/04 pour qu’ils soient vendus avant 8 mois et qu’ils restent valorisés comme « veaux rosés ».
Le 2ème mâle a été payé moins cher que les autres à cause de son poids carcasse trop élevé (>200kgC). Pour le calcul du poids vif, le rendement poids carcasse / poids vif des veaux limousins notés U= est de 68%, et 65% pour les notés R=.
Sur les 3 veaux limousins vendus mi-janvier à 6 mois, le pâturage hivernal aura permis un Gain Moyen Quotidien (GMQ) de 1350g/j. Sur les 4 veaux charolais vendus début mars à 7 mois, le pâturage hivernal aura permis un Gain Moyen Quotidien (GMQ) de 1050g/j.
La différence de performance entre ces deux lots s’explique surement par la génétique des animaux. En effet, les veaux issus du taureau limousin présentent une meilleure conformation et un poids de carcasse supérieur à ceux des charolais.
Par ailleurs, le veau le moins lourd provenait d’une mère dont la capacité laitière était plus faible, un facteur déterminant pendant la période d’allaitement. Ces résultats confirment que, sur cette exploitation, la génétique influence les performances des veaux.
Dans les deux cas, les GMQ obtenus restent élevés, alors que l’alimentation du couple mère-veau ne comprend qu’un apport de foin de qualité moyenne en complément du pâturage (tableau 2). Ces performances confirment l’efficacité du pâturage hivernal comme levier pour l’autonomie alimentaire.


En plus du faible besoin en alimentation, les veaux nés dehors n’ont nécessité aucun frais vétérinaire liés au déparasitage. Les seuls apports d’un point de vue sanitaire sont une pierre à sel et un seau à lécher à base de plantes et minéraux pour aider au maintien de la bonne santé des veaux.
Les points positifs :
- Déchargement des bâtiments pendant l’hiver
- Moins de risque sanitaire pendant la mise-bas à l’extérieur
- Diminue la charge de travail sur ces animaux
- Les veaux n’ont nécessité aucun aliment à part du foin
- Le parcellaire contient beaucoup de PT, qui peuvent être pâturées l’hiver
Les limites :
- Risque de dégrader les prairies permanentes et de les rendre improductives si le chargement est trop important. Il faut attendre 2 mois après un usage en hiver afin de laisser le temps à la prairie de se renouveler avant une nouvelle utilisation
- Risque de rendre les veaux moins dociles, lié à la faible manipulation. Il pourrait être possible d’intégrer des femelles d’autres lots (vêlage d’hiver) pour les rendre plus dociles
Le pâturage hivernal : un levier pour l’autonomie alimentaire ?
Pour conclure, dans ce cas, le pâturage hivernal représente une solution efficace pour un engraissement autonome et économe, tout en valorisant des parcelles généralement inutilisées à cette période de l’année. Cependant, il est nécessaire de prendre en compte la potentielle dégradation des sols durant l’hiver, qui pourrait affecter leur productivité au printemps prochain. Pour optimiser cette pratique, le pâturage tournant hivernal pourrait permettre d’améliorer l’engraissement, mais également de favoriser une meilleure reprise des parcelles dès le printemps. Cette conduite doit s’accompagner d’un travail génétique ciblé, visant à privilégier des croisements capables de valoriser efficacement l’herbe, résistants aux conditions de vêlage en extérieur, et permettant d’atteindre des poids de carcasse objectifs avant 8 mois. Enfin, cette année a connu une météo particulière qui a favorisé une très bonne repousse d’automne, il serait donc intéressant de réitérer l’expérience sur une année se rapprochant davantage des normales de saison.