A la découverte du Phasealus vulgaris

Publié le : 22 juillet 2021

Dans le cadre d’une réflexion vers la diversification de ses cultures destinées à l’alimentation humaine, découvrons l’itinéraire technique du haricot sec et les conseils avisés en région Bourgogne-Franche Comté.

 

Biologie
Le haricot commun est une plante annuelle de la famille des Fabacées (légumineuses). Il présente une première paire de feuille unifoliée avant de produire ensuite des feuilles trifoliées alternes (comme le soja). Son système racinaire est plutôt fasciculé. Il s’agit d’une plante tropicale, originaire d’Amérique centrale. Le haricot est gélif. Son zéro de végétation est d’environ 10°C et son optimum de croissance se situe entre 20 et 25°C. Lors de la phase « floraison – formation des gousses », la culture est sensible au stress hydrique et aux températures supérieures à 30-35°C (coulure de fleurs). La maturité physiologique des grains est généralement atteinte en 100 à 120 jours.

 

Types de sol favorables
Le haricot préfère les sols légers, profonds et non-calcaires (pH < 7,5). La culture étant sensible au stress hydrique estival, il convient d’éviter de l’implanter dans les sols superficiels. Le haricot valorise bien l’irrigation.

 

Place dans la rotation
Il s’agit d’une culture d’été permettant une alternance de cycle cultural avec les cultures d’hiver et de printemps (céréales, protéagineux). Son positionnement dans la rotation est similaire à celui du soja, généralement entre deux céréales.

Durant l’interculture précédant le haricot, implanter un couvert à base de céréales d’hiver ou de printemps selon la date de destruction (céréale de printemps si labour d’hiver, céréale d’hiver si labour de printemps). Il est aussi possible d’utiliser cette longue période d’interculture pour réaliser des faux-semis et des déchaumages contre les vivaces.

 

Travail du sol
Viser un travail profond et une bonne structure du sol pour assurer un bon développement de la culture. Les cultures d’été sont particulièrement sensibles aux tassements qui limitent leur exploration racinaire en profondeur, augmentant ainsi leur exposition à la sécheresse. Ne pas chercher à créer un lit de semence trop fin car la graine est assez grosse et le haricot est très sensible à la présence d’une croute de battance lors de la levée.

 

Fertilisation
Le haricot étant une légumineuse, il est autonome en azote (fixation symbiotique). De plus, contrairement à la plupart des autres plantes de cette famille, le haricot présente une bonne capacité à prélever l’azote présent dans le sol (système racinaire fasciculé).

 

Semis

Période de semis : de mi-mai à mi-juin, après les dernières gelées. Attendre que le sol soit bien réchauffé pour semer afin d’assurer une mise en place rapide de la culture (germination à partir de seulement 10-12°C à 5 cm de profondeur). Profiter de l’implantation tardive pour lutter contre les vivaces au printemps et réaliser plusieurs faux-semis.

Choix des variétés : les variétés de haricot sec de plein champ sont toujours à port nain. Le choix de la variété dépend essentiellement du débouché (couleur de la graine : blanc, rouge ou marbré ; forme : allongé ou rond). Il est conseillé d’anticiper les commandes de semence car il n’est pas toujours facile de trouver un fournisseur.

Profondeur de semis : 4 à 5 cm. Semer assez profond pour assurer l’humectation de la graine et permettre un passage de herse étrille en pré-levée (passage à l’aveugle).

Densité de semis : 25 à 30 grains/m² (100 à 150 kg/ha). Le PMG est assez variable, généralement compris autour de 400 à 500 g.

Écartement de semis : de 12,5 à 60 cm. Il est recommandé de semer le haricot au semoir de précision, avec un inter-rang de 40 à 60 cm, afin d’assurer un peuplement homogène et de pouvoir biner la culture.

 

Désherbage
Le haricot n’est pas une culture très compétitive vis-à-vis des adventices. Éviter cette culture dans des parcelles infestées d’adventices estivales ou de chardons. Profiter du semis tardif pour réaliser, si besoin, des passages au cultivateur afin de lutter contre les vivaces et la folle-avoine. Effectuer également plusieurs faux-semis avant l’implantation. Les adventices annuelles à germination tardive au printemps peuvent être problématiques : chénopodes, amarantes, renouées persicaires, ambroisie et graminées estivales. Le passage de herse étrille en pré-levée est fortement recommandé pour créer un décalage de stade de développement entre la culture et les adventices. Attention, Il convient ensuite de limiter l’agressivité des passages d’outils aux stades précoces, notamment en évitant de recouvrir les plantules.

Sensibilité aux maladies et ravageurs
Les maladies cryptogamiques (sclérotinia, anthracnose, botrytis) sont favorisées par un climat humide et frais (15-20°C), ainsi que par un excès de végétation. Les symptômes apparaissent à partir de la floraison et induisent des avortements de gousses. Pour limiter leur apparition, il convient d’éviter les surdensités et de ne pas irriguer la culture avant le début de la floraison. Privilégier aussi les précédents céréales et éviter les plantes dicotylédones dans le couvert d’inter-culture. Attention à son alternance avec d’autres légumineuses car le haricot est sensible à Aphanomyces (comme la lentille ou le pois).

Les principaux insectes ravageurs du haricot sont les pucerons (noirs de la fève ou verts du pois), les acariens et les pyrales du maïs. La seule méthode de lutte autorisée en AB est l’utilisation des trichogrammes contre la pyrale.

 

Récolte
Traditionnellement, la récolte s’effectue en deux temps :

  1. On procède tout d’abord à un arrachage avec mise en andains des pieds. Cet arrachage est effectué à la maturité physiologique des grains, mais avant que la culture ne soit sèche afin de limiter l’égrainage (gousses déhiscentes). Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=oqv1K2eES6s
  2. Après quelques jours de séchage, le battage est réalisé avec une batteuse spécifique capable de reprendre l’andain et de limiter la casse des grains et de leur enveloppe (batteuse « Colombo »). Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=UBc-2m2t5zw

Ces deux interventions nécessitent le recours à des machines spécifiques qui peuvent être coûteuses.

La récolte en coupe directe par la moissonneuse-batteuse est aussi réalisable mais engendre des pertes de rendements par éclatement des gousses lors du choc avec les rabatteurs (égrainage). De plus, ce type de récolte altère la qualité des grains : déchirure de l’enveloppe et casse des grains dans le batteur. Dans ce cas, privilégier alors une récolte matinale, lorsque la culture a repris un peu d’humidité pour limiter ces phénomènes. Il convient également de prendre garde à sécher rapidement la récolte, surtout en cas de forte présence d’adventices.

 

Rendements
En règle générale, le rendement se situe entre 5 à 15 quintaux/ha, très peu de références en Bourgogne.

 

Valorisation
Débouché en alimentation humaine. Le marché du haricot sec reste un marché de niche. Contractualiser impérativement avant implantation. Le prix est d’environ 2500 €/tonne en circuit long en AB.

 

Article rédigé par Bio Bourgogne, Chambre d’agriculture 21, 89 et 71