Gérard Hotte – Arboriculture – Aube

Mes parents étaient agriculteurs et ils étaient déjà sur cette ferme. Après mon Brevet de Technicien Agricole, je me suis installé en 1986. Pour mon projet d’installation, j’ai eu un déclic au cours d’un stage dans une exploitation du Pays d’Othe qui faisait du cidre mais sans commercialisation, ni réels débouchés. Sur notre ferme, je trouvais dommage de ne pas remettre en valeur cette production abandonnée. Lors de notre installation, nous avons très vite planté des arbres. Nous avons commencé avec 20 ares et la production de jus s’est développée progressivement. Nous avions également un élevage, mais je n’ai pas souhaité reprendre l’atelier bovin viande. Je ne voulais pas des contraintes liées à l’élevage. Mais en fin de compte, je m’aperçois que je travaille quand même le dimanche (rires).

 

La ferme en quelques mots

  • SAU : 140 ha dont
  • 7 ha de vergers bio
  • Production bio : pommes, poires, coings et raisins.
  • Conversion : 2008
  • Autres activités : Activité touristique et d’accueil.
  • Produits transformés : Cidres, jus de pomme, ratafia de cidre, eau de vie, vinaigre de cidre, liqueur, gelée de pommes, jus de pommes pétillant.
  • UTH : 4

Gérard, peux-tu présenter ta ferme en quelques mots ?

Nous sommes installés sur 140ha, avec une partie en bio. Depuis 2008, nous avons converti 7ha de verger en bio, avec essentiellement des pommiers mais aussi des poiriers et des cognassiers. Nous souhaitons doubler cette surface pour arriver à 15ha de pommiers bio et développer notre activité. Depuis 2015, nous sommes 5 à travailler à la ferme.

Nous avons plusieurs activités sur la ferme. D’abord de la vente directe à la ferme, via la boutique et notre site internet. Nous avons ensuite créé et récemment rénové un musée du cidre du Pays d’Othe pour sauvegarder le patrimoine cidricole du territoire. C’était une activité importante avant l’exode rural et la mécanisation agricole. Nous faisons également de l’accueil à la ferme sous le label «Bienvenue à la ferme» et il nous arrive d’organiser des goûters à la ferme. Enfin, je propose de la prestation avec notre atelier de transformation.

Comment es-tu venu à l’AB ?

Je suis venu à la bio par sensibilité et pour que ma démarche soit reconnue. Je répondais grosso-modo au cahier des charges depuis une bonne décennie. Mais à l’époque, la bio n’était pas aussi reconnu et demandé qu’aujourd’hui.

Le fait que la restauration collective introduise davantage de produits bio, assurant ainsi un débouché régulier, m’a d’une certaine manière, poussé à me certifier. La certification seule ne me suffisait pas. Pour moi, le bio doit s’inscrire dans une globalité : je pense aux déchets, à la propreté de la cour de ferme,etc. Pour ces raisons, j’ai décidé de passer à la norme ISO 14001, une certification environnementale internationale. Par exemple, on a supprimé les scotchs sur les cartons, on utilise des rubans papiers adhésifs. Cela facilite le tri pour les clients car parmi ma clientèle, certains y sont sensibles. Et c’est aussi bon pour l’activité: cette démarche m’a permis de faire de nouvelles affaires à l’étranger, comme dans les pays nordiques.

Que penses-tu de l’AB dans le contexte actuel ?

Presse à l’ancienne

L’image des producteurs bio a changé, et heureusement : les pionniers étaient souvent vus (à tord) comme des illuminés. Encore actuellement, ce n’est pas toujours bien vu d’être en bio, par certains collègues, organismes agricoles ou des clients parfois… Mais je reste optimiste car ce rejet se fait de moins en moins sentir. Notre travail est de plus en plus reconnu techniquement et produire bio rime avec modernité, voire avenir.

Être en AB, c’est aussi beaucoup de contraintes administratives et de contrôles. J’en ai eu 4 depuis le début de l’année! Les contrôles administratifs sont très sévères. Ça a le mérite de prouver que ces contrôles sont sérieux contrairement à ce que certains disent… Comme je continue à convertir des surfaces, ce n’est pas la date de déclaration PAC qui compte, c’est la date de constat par l’organisme certificateur. Et parfois, la visite est trop tardive et on loupe un an.

Enfin, on parle beaucoup en ce moment des aides au maintien : je pense que c’est un dispositif primordial car je connais des voisins qui ont vécu de très mauvaises années. A la suite des aides à la conversion, aider au maintien est important car il faut du temps pour réussir en bio ; au bout de 5 ans, ça ne tourne pas forcément encore bien.

Où peux-t-on trouver tes produits ?

Ici, à la ferme, on réalise 60% des ventes en direct, soit 25 000 bouteilles. On peut trouver aussi nos produits dans des magasins de producteurs et quelques supermarchés.

Comme je l’ai dit , j’apprécie également de vendre pour la restauration collective des maisons de retraites, écoles, établissements spécialisés,… Ce débouché a encore beaucoup de potentiel selon moi. Nous travaillons principalement avec API (distributeur restauration collective) et en direct avec certains établissements.

Nous vendons aussi à l’export, cela représente 15% de notre chiffre d’affaires. L’idée n’est pas de vendre très loin.

La prochaine étape sera de vendre à Rungis lorsque le pavillon «bio» sera opérationnel. Et là, il y a des places à prendre. Et puis, Rungis, ce n’est pas si loin que ça.

Quels sont tes projets ?

C’est d’installer mon fils. C’est pour cette raison que je veux augmenter la production. Je réfléchis à convertir l’ensemble les céréales mais il faut que je trouve d’autres cultures de vente. Pour les lentilles, ce n’est pas un problème, j’en fais déjà en conventionnel. Pour le colza, ça risque d’être un peu plus compliqué en bio. Mais si on transforme derrière en huile, ça peut s’envisager sans souci. Transformer, prend du temps, mais cela permet de mieux valoriser.