Faire du veau de lait de qualité en AB

Publié le : 1 mars 2021

Sébastien THERME est associé avec sa mère au sein du GAEC de CAQUEYRE, à Mazan l’Abbaye, à 1200 m d’altitude sur la montagne ardéchoise. La ferme est constituée de prairies permanentes entourées par des bois de résineux, elle est relativement isolée. En 2018, elle était en conversion à l’agriculture biologique.

« C’est une des raisons qui nous ont fait abandonner la production laitière en 2014. Auparavant nous étions collectés par la laiterie Carrier située à Vals-les-Bains. Lorsque je me suis installé, on a vite vu les limites de cette collecte alors que nous étions les seuls au village à produire du lait, et que le reste de la collecte est située plus au nord.« 

Focus sur la ferme : GAEC de Caqueyre (07)

  • 30 vaches adultes
  • 5 génisses d’un an
  • 25 veaux engraissés par an
  • atelier de 50 porcs charcutiers en conventionnel
  • 100 ha de SAU (40 ha de près de fauche, 60 ha de landes dont 25 à bon potentiel fourrager)

Une réorientation de la ferme

Veau à la tétée
© Agri Bio Ardèche

Sébastien se forme alors à la production fromagère dans l’optique de valoriser différemment le lait du troupeau, mais la demande d’un magasin de producteurs (« le village des producteurs » à Aubenas) de les fournir en viande de porc en décide autrement.

« Nous avons mis en place un atelier d’engraissement de porcs et de transformation via la CUMA de découpe et transformation de Lachapelle-Graillouse. La demande étant importante nous sommes montés jusqu’à 6 bandes de 8 porcs. Quand le magasin nous a demandé de faire du veau de lait, ça n’a donc pas été très compliqué pour nous. Comme le succès a été au rendez-vous, nous nous sommes donc mis à en découper régulièrement pour le magasin. »

Depuis ce moment, le troupeau a été complétement réorienté vers la production de veaux gras pour la vente directe, en trayant les mères et avec distribution du lait au seau.

La gestion du troupeau

« Nous avons gardé une trentaine de mères, mais en changeant progressivement la race. »

Initialement en race pure Montbéliard, un croisement par absorption en Brune des Alpes et par achat de Brunes pures est mis en place. Quelques croisées Montbéliard x Limousin sont encore présentes mais plus pour longtemps.

« J’ai trop de problèmes de boiteries en Montbéliard, et globalement la rusticité n’est pas trop au rendez-vous pour ce qu’on leur demande. La Brune des Alpes, souche originale suisse est une très bonne laitière, vraiment typée mixte, et j’ai beaucoup moins de pépins de santé. »

Un taureau limousin est présent aussi en rattrapage des inséminations, et parce que les veaux croisés limousins ont des conformations vraiment intéressantes. A terme, il est prévu de conserver 50% de limousines.

« Nous essayons d’étaler les vêlages pour avoir des veaux toute l’année mais ce n’est pas évident, donc en fonction de la production de lait, je suis amené à acheter des veaux aux éleveurs bio du secteur. »

L’alimentation des veaux

Le lait après la traite est réchauffé et transporté dans un chariot spécifique © Agri Bio Ardèche

Le vêlage se fait généralement sans assistance. Le colostrum est trait par Sébastien au seau, puis ensuite réchauffé à 45°C et distribué au veau. « Cela me permet d’être sûr que le veau reçoive bien ses 4 litres de colostrum dans la journée, car tout son développement et sa santé va en dépendre. »

Le veau va ensuite en aire paillée, et va matin et soir têter sa mère. En fin de tétée, la mère va être mise à la traite avec les autres vaches pour récupérer tout le lait restant dans la mamelle, et distribuer aux autres veaux plus âgés.

Après 1 mois les veaux sont en case collective paillée et la distribution du lait se fait au seau avec une tétine flotteuse. La distribution se fait à satiété, matin et soir. Tout le lait étant rassemblé, mélangé et réchauffé à 45°C, le lait est homogénéisé (taux, cellules) ce qui permet d’éviter les variations de croissance des veaux. Aucun concentré ni eau de boisson n’est distribué, juste de la paille pour ruminer.

Les veaux sont ainsi soignés jusqu’à 5-6 mois où ils sont abattus à un poids carcasse moyen de 150 Kg. La qualité est généralement très bonne avec une viande de couleur rosée clair et bien grasse.

« Je ne compte pas les volumes de lait dont j’ai besoin. Je me cale au fur et à mesure du temps, mais j’ai des fusibles que je peux activer. Si j’ai trop de lait, je peux acheter des petits veaux aux éleveurs bios du secteur, ou ça part aux cochons ou aux génisses d’élevage. Si je manque de lait, j’en distribue moins aux génisses d’élevage qui habituellement ont du lait jusqu’à leurs 6 mois. »

Début juin, le volume de traite est de 200 litres pour 18 mères traites (dont 5 croisées limousines), et il y a 15 veaux et 5 génisses à boire. Les classifications moyennes des veaux sont R en conformation, 2 en couleur (rosé clair) et 3 en gras (gras de couverture).

Le pâturage des laitières

« C’est important de soigner le pâturage pour avoir du lait économique et de qualité. Nous sommes au fil avant/ fil arrière et en rotation rapide avec des délais de retour assez courts en saison. Les prairies permanentes ont des flores intéressantes mais pas très riches en légumineuses et la repousse est assez faible. C’est pourquoi j’ai réimplanté des prairies temporaires avec des mélanges productifs (dactyle, trèfles, fétuque) et une bonne productivité. Le pâturage se fait sur 60 ha, et les fenaisons sur 40 ha de près, avec pâturage des regains. »

Avec un rendement fourrager de 2 à 3 tonnes de MS/ha, la ferme est donc autonome en fourrages, ce qui est assez rare dans le secteur. Un nouveau bâtiment pour les animaux est en cours de finalisation (logettes et couloir raclé pour les mères et aire paillée pour les veaux). Le séchage en grange est prévu pour pouvoir être intégré par la suite, ce qui permettra d’améliorer la productivité laitière et la qualité des fourrages.

Le pâturage autour de la ferme permet une gestion rigoureuse avec de la nouvelle herbe offerte tous les jours © Agri Bio Ardèche

La santé et les soins

« La mortalité des veaux est maximale dans les 48 heures après la naissance. Pour maximiser l’immunité, je leur fais ingérer une dose de 10 mL de germes d’ensemencement avant prise du colostrum. » Le retour est très bon sur ce produit vendu par exemple par le Comptoir des plantes. Le taux de mortalité moyen est de 2 veaux sur 25 naissances.

La bentonite (argile) est en libre-service dans l’aire paillée, mais en cas de diarrhées de lait, Sébastien injecte du vinaigre de cidre (non-pasteurisé) dans la bouche du veau pour aider à faire cailler le lait.

« Parfois les grands veaux ont l’appétit bloqué, comme s’ils étaient saturés de lait. Pour éviter ça, au printemps où le lait est riche, j’en écrème une partie. Par sécurité je leur donne un mélange hépato-drainant à base de plantes. »

Un parazole (aliment complémentaire minéral et vitaminique) est également apporté aux veaux pour appuyer leur immunité contre les parasites. Aucun vaccin n’est injecté aux animaux. Pour les vaches, la plupart des soins est réalisée en aromathérapie (soins aux mamelles…). Le tarissement est réalisé sans produits.

Le temps de travail nécessaire

« Nous tuons et découpons 1 veau gras tous les 15 jours en moyenne. Entre l’abattage, la découpe et la transformation, la gestion commerciale et les livraisons, j’ai besoin de 6 jours de travail pour 1 veau et 2 cochons, et bien chargés s’il faut aussi transformer du porc en même temps ! Le temps de travail s’est bien amélioré par rapport à la production laitière, mais la vente directe représente un temps que nous n’avions pas forcément anticipé à ce point. »

En saison, il n’est donc pas facile de concilier des semaines de transformation avec la conduite des terrains et la surveillance des animaux qui prend beaucoup de temps, notamment le système de pâturage au fil avant/arrière et toutes les fenaisons. Sébastien travaille beaucoup avec ses parents, mais va se poser un jour la question d’une association. Le travail et la rémunération sont là, reste à trouver des candidats !

Articlé rédigé par Rémi Masquelier – Agri Bio Ardèche,
initialement publié dans La Luciole n°21, sept-oct 2018