Du geste au savoir… Paroles de maraîchers

Publié le : 13 janvier 2023

Les maraîchers, qu’ils soient nouvellement installés ou pratiquant de longue date, ont des choses à dire et des savoirs à partager ! Ces savoirs sont en permanence en construction, ils évoluent au fur et à mesure que le maraicher acquiert de l’expérience. Ils se nourrissent aussi de ses rencontres avec des pairs, de sa curiosité, des temps de formation, des valeurs qui le portent, également.

Mettre en évidence ces savoirs, en donnant la parole aux maraîchers, tel est le sens du travail que le collectif SEMBio, réunissant une équipe aux compétences diversifiées (voir encadré), a lancé en 2017.


Nous avons sollicité une vingtaine de maraîchères et de maraîchers , du jeune installé.e à celui-celle de plus de 40 ans d’expériences, et dans 3 régions : la Lorraine, le Sud-Isère et le Luberon. Il s’agit principalement de fermes maraîchères sur petites surfaces, aux productions diversifiées et commercialisant en circuits courts.

• Un recours original à l’outil vidéo


Les savoirs et les techniques mis en œuvre passent pour partie par de nouvelles approches de l’exercice du métier, de nouvelles connaissances, de nouvelles aspirations de celles et ceux qui s’installent…. L’émergence de réseaux comme celui sur le « maraîchage sur sol vivant », ou autour de la permaculture, de l’agroforesterie…, en sont des signes.


L’utilisation de l’image s’est largement popularisée. C’est un moyen puissant de partage et de transmission de pratiques.


La méthode que nous avons utilisée va plus loin qu’une simple captation d’images, en s’appuyant sur une approche dite « d’auto-confrontation » :
Le maraîcher est filmé au champ (en limitant les interventions et les discussions) ; des extraits sont ensuite sélectionnés et lui sont présentés sur un écran, dans le cadre d’un entretien qui met l’accent sur la mise en contexte, les motivations, voire l’éthique qui l’ont conduit à poser tel ou tel geste. Cette séquence est également filmée.


Les entretiens font l’objet d’un travail d’analyse, qui permet de sélectionner les paroles autour d’un thème développé par les maraîchers (la gestion des adventices par exemple).


Cette matière première, faite de paroles et d’images, permet la réalisation de films de différents formats:
~ Un geste et la parole d’un maraîcher, sur un enjeu particulier;
~ Des regards croisés : plusieurs maraîchers s’expriment sur une même thématique ;
~ Des films scénarisés, accompagnés d’une voix off.

• Gérer les mauvaises herbes ou composer avec les adventices ?


En Sud-Isère, le sujet de la maîtrise de l’enherbement des cultures s’est révélé une forte préoccupation.


En Lorraine, le groupe de maraîchers, réuni en GIEE, en a même fait l’axe principal de son travail dans le cadre du projet SEMBio.


Les propos des maraîchers ont mis en évidence le fait, non pas de lutter systématiquement contre le développement des adventices, mais d’avoir une vision globale et à long terme sur leur présence.


L’anticipation, les interventions à des moments clés par rapport à la culture en place, l’organisation, le choix des outils (qu’ils soient manuels ou tractés) … Les approches révélées ont rejoint des débats comme celui par exemple des matériaux de paillage : plastique ou pas plastique ?


Dans certains cas, le maintien de « mauvaises herbes » en guise de couverture du sol a même été identifié comme un atout au creux de l’hiver…


La quinzaine de vidéos réalisées sur ce thème illustre cette diversité des approches, mais toutes ont en commun le choix d’apprendre à composer, plutôt que systématiquement avoir à lutter contre.

• Comment utiliser ces vidéos ?


La plateforme web va continuer à s’enrichir de nouveaux apports, par exemple sur le travail du sol (Luberon). En Sud-Isère la question centrale de la gestion de l’eau et de l’irrigation des cultures est au cœur des films réalisés en 2021 (certains déjà disponibles sur la plateforme SEMBio).


Mais d’ores et déjà, les vidéos réalisées ont permis d’animer des rencontres entre maraîchers. Lors des rencontres, le dialogue s’instaure rapidement. Sans jugement porté sur les pratiques, elles ont permis une mise en commun des expériences et des questionnements.


En libre accès, ces vidéos peuvent être projetées pour des animations de groupes. Elles commencent aussi à être utilisées en formation (BPREA, BAC Pro…) : des réunions entre formateurs sont d’ailleurs en préparation à SupAgroFlorac, dans le cadre du plan national de formation (PNF), qui vise à introduire l’agro-écologie dans les cursus.

Pour aller plus loin

Toutes les vidéos produites sont en libre accès sur la plateforme animée par l’ITAB : https://wiki.itab-lab.fr/espacemaraichage/?Presentation

Vous pouvez également y retrouver les fermoscopies des fermes maraîchères qui ont participé à ce travail (2 pages au format PDF).
Une page présente les actions qui ont accompagné la production des films sur les territoires :
Rencontres entre maraîchers,
Rencontres maraîchers-consommateurs, avec la réalisation de micros-trottoirs (Sud-Isère, Luberon).

Publication initiale : La luciole n°33, rédaction Rémy BACHER (SEMBio)