Le mot du secrétaire national viande

Témoignage de Jean-François Vincent, secrétaire national viande de la FNAB

« Jusque dans les années 80, la viande bio était avant tout une affaire de vente directe. Mais la nécessité de construire des filières sur une plus grande échelle s’est imposée assez vite.

Des démarches collectives avaient été engagées au sein des GRAB pour mettre en place des filières en créant des structures collectives de commercialisation (coopératives, SARL, associations…) en s’adressant aux bouchers détaillants et aux magasins spécialisés bio. Ces débouchés locaux, porteurs d’avenir mais progressant trop lentement, sont vite apparus insuffisants par rapport aux besoins des éleveurs de plus en plus nombreux qui avaient ou voulaient engager une démarche de conversion de leur troupeau viande.

Dès 1996, ces structures régionales, réunies au sein de la Commission Viande de la FNAB, ont mis en place un partenariat avec le distributeur Auchan, formalisé à travers une charte viande bio qui instituait une gestion tripartite associant producteurs, abattoir et distributeur.

En bovins viande, si les conditions d’élevage ne sont pas très différentes entre un élevage traditionnel à l’herbe et un élevage bio, le type de viande produit change fortement : il n’y a de marché en bio ni pour les broutards ni pour les jeunes bovins (taurillons). Cela a donc demandé aux éleveurs d’engraisser, même s’ils le faisaient déjà quelquefois (vaches de réforme, génisses, châtrons), voire de développer de nouvelles productions (veaux de lait, récemment barons…). En moyenne, c’est guère plus de 30 % des troupeaux qui est engraissé et valorisé en bio.

Ces filières, créées par les producteurs, ont intégré dès le départ la nécessité d’inclure la prise en compte des animaux non valorisés en bio dans le prix de la viande bio.

En ovins, où tous les agneaux sont vendus finis, la difficulté venait surtout de l’utilisation importante de concentrés, donc d’un différentiel de coûts par rapport au conventionnel plus élevé qu’en bovins. La difficulté en filières longues a toujours été de positionner un prix d’agneaux bio suffisant par rapport à l’agneau français, qui bénéficie déjà d’un prix élevé par rapport aux autres viandes, mais néanmoins juste suffisant pour rémunérer les éleveurs.

Nous disposons de peu de données et références sur la production d’agneaux bios. Le CASDAR Agneaux Bio qui s’est déroulé en 2014-2015 a permis de commencer à en recueillir. Malheureusement, nous n’avons pas encore pu trouver la formule qui permettrait de poursuivre ce travail. Une faible quantité de concentrés consommée par le couple mère-agneau et un minimum de productivité numérique semblent les deux marqueurs de la rentabilité d’un élevage ovin viande bio. »